Ajouté par : Sébastien Moffet
par Émilie Rioux

À l'heure où le Carrefour International de Théâtre de Québec battait son plein, ce fut au tour de la relève de faire sa marque dans les festivités. Du 1er au 9 juin, Premier Acte accueillait pour une 5e année Les Chantiers - constructions artistiques, une programmation parallèle à celle du Carrefour qui offre l'opportunité à de jeune compagnies de Québec et de Montréal de mettre leur travail à l'épreuve de la scène. Pendant toute une semaine prennent vie successivement des oeuvres inachevées, des laboratoires, des lectures ou des pièces en préparation pour une prochaines saison de théâtre, dont voici deux aperçus critiques.
Spectacle
Le Bain de merZ
Qu'est-ce que la piscine du Centre Lucien-Borne, l'auteur allemand Kurt Schwitters et le metteur en scène Philippe Savard ont en commun? La réponse est au coeur de l'étonnant spectacle aquatiquo-théâtral Bain de merZ, présenté par le Club pour l'Amélioration de la Culture.
Sur les berges exotiques d'une piscine municipale, se succèdent 4 acteurs et actrices en maillots de bain vintage des années 1920, interprétant un collage de différents textes de Kurt Schwitters, poèmes et courtes pièces où se mélangent français, anglais, allemand et langues inventées. Style plutôt loufoque s'il en est, puisque l'oeuvre de Schwitter s'inscrit au coeur du courant dadaïste, duquel l'auteur a tiré son propre mouvement, baptisé "merz" où la déconstruction formelle et l'éclatement sont à l'honneur.
Divisé en plusieurs tableaux, le Bain de merZ se déroulait tant dans l'eau qu'autour, ce qui représentait une contrainte de taille pour les comédiens, qui devaient tantôt lancer leurs répliques en nageant de long en large de la piscine, tantôt s'élancer d'un tremplin pour ensuite ressortir faire une scène à quelques centimètres du public. Bien que l'idée soit intéressante, on sent pourtant que la mise en scène n'exploite pas suffisamment le potentiel du lieu de représentation, mis à part pour quelques plongeons et jolies figures, ce qui pourrait s'expliquer par le fait que le spectacle ait été créé en salle, loin de la piscine où les acteurs n'ont eu que quelques jours de répétitions. Quoiqu'il en soit, on ressort de la pièce plutôt content, avec une envie irrépréssible d'enfiler son maillot et de sauter à l'eau!
Pour ceux qui auraient manqué cette manifestation merZienne, surveille MerZsonaTes, à l'affiche de la programmation 2012-2013 de Premier Acte.
Laboratoire
L'Histoire du Soldat
Conte musical russe datant du début du 20e siècle, L’Histoire du soldat est né de la collaboration entre le compositeur Igor Stravinsky et l’écrivain Charles-Ferdinand Ramuz. On y raconte la mésaventure d’un soldat en route vers sa ville natale qui croise le chemin du Diable, qui lui offre la prospérité en échange de son âme. Malgré que cette œuvre soit plus souvent associée à la musique classique, c’est cette fois au théâtre qu’on la retrouve, où la jeune compagnie Diabolus in Musica la présente sous une forme beaucoup plus éclatée, l’instant d’un spectacle-laboratoire multidisciplinaire où se côtoient théâtre, musique, danse et arts visuels.
Sur scène, trois comédiens donnent vie aux personnages principaux (narratrice, soldat et diable) tandis qu’évoluent autour d’eux une ribambelle d'individus au visage de charbon, vêtus de noir, musiciens et danseurs se confondant à l’obscurité ambiante de la scène. Plutôt que d’être un simple accompagnement, les sept musiciens de l'orchestre investissent l’espace vide au même titre que les comédiens, à la fois témoins et acteurs silencieux de l’histoire qui prend vie autour d’eux. Idée notable au sein de la mise en scène signée François Cattin, puisqu'elle induit à la scène un mouvement constant qui garde le spectateur en éveil du début à la fin. Ajoutant à ce dynamisme, un dessinateur crayonne en temps réel l'histoire racontée, au rythme de la musique colorée et entraînante de Stravinsky, rappelant ainsi les livres de conte illustrés de notre enfance.
Si tous ces éléments scéniques construisent un univers d'une belle étrangeté, il est toutefois dommage que la scène soit souvent surchargée, saturant le spectateur d'informations et rendant le focus difficile à faire sur la progression de la pièce. Malgré cela, L'Histoire du Soldat fait partie de ces projets inachevés dont il faudra suivre l'évolution au cours des prochains mois, ne serait-ce que pour connaître la suite de l'histoire!