Ajouté par : Claudia Raby
Une production du Théâtre Le Clou présentée au Théâtre jeunesse Les Gros Becs, du 1er au 5 décembre.
Pourriez-vous croire que les voix grinçantes de quatre dramaturges adolescents sachent vous réjouir dans une harmonie d’une heure et quart? Si vous demeurez sceptiques, vous serez confondus par le spectacle issu du Concours d’écriture de contes zurbains, intitulé Les Zurbains 2009. Dans ce déstabilisant amalgame du beau et du macabre, s’exhibent les talents que verra grandir la scène théâtrale de demain. Les quatre lauréats des écoles secondaires de Québec, Montréal, Toronto et Ottawa lèguent leur audace à cinq comédiens professionnels, dont la mission consiste à rendre justice à l’intensité que dénotent les textes des jeunes auteurs.
Leurs plumes, intimement liées entre elles par leur candeur, se révèlent extrêmement sensibles et profondes. Si Alexandre Poitras (L’écrivain, Québec) s’amuse avec ironie de la fougue meurtrière de son écrivain en panne d’inspiration, Théo Brière (AB négatif, Montréal) explore la vie secrète d’un jeune profanateur de tombeaux avec la lunette de l’indifférence; alors que Felipe Richards (Bah! Vivre un peu, Toronto) fouille d’un ton blasé les contradictions des lois qui régissent les comportements humains, Andréanne Plouffe (La rencontre, Ottawa) — qui signe notre texte coup de cœur — caresse le rêve d’un amour naissant entre un jeune raciste maladroit et celle qui deviendra sa première muse, la très Noire Zara.
Choquants, les contes zurbains? Plutôt audacieux de grincements!
Malgré les multiples dénominateurs communs, le défi de la réunion de ces voix toutes uniques en une pièce cohérente n’en était pas moins colossal. La metteure en scène Monique Gosselin, du Théâtre Le Clou, le relève adroitement, évitant le piège de la présentation de sketches en série par l’exploitation complète de l’espace scénique, l’utilisation judicieuse de la musique, et surtout, le découpage textuel qui crée un amusant crescendo dans la folie meurtrière de l’écrivain de Poitras.
Seule tache grise dans ce tableau haut en couleurs : le cinquième monologue signé Isabelle Hubert, une auteure professionnelle qui a supervisé avec d’autres le stage de réécriture dans lequel se sont engagés les apprentis-dramaturges. Sa pièce intitulée Les étiquettes traite des thèmes amplement exploités des préjugés, de la drogue, de la confiance en soi et de l’amour chez les adolescents. Rien à voir avec les pièces percutantes des lauréats du concours! Devant l’originalité de leurs quatre textes, nous remettons en question la pertinence de cette incursion professionnelle dans ce grand tout déjà excellent.
Les Zurbains 2009 prouve non seulement le potentiel des jeunes écrivains pour le théâtre, mais souligne avant tout leur talent littéraire et artistique empreint de dérision, de tendresse et de fougue… d’adolescence, quoi!
Représentation pour le grand public et rencontre avec les artistes le 5 décembre 2009 à 19 h.
Critique par Claudia Raby