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Critique - Théâtre

Date : 07/06/2011

Ajouté par : Dany Plourde

Gardenia : la vulnérabilité en veston-cravate

Le rideau se lève. Devant nous, tels des statuts de béton, se dressent les personnages, sculptés avec panache dans des poses épiques et enracinés à une scène fortement inclinée vers le public. L’effet est saisissant, réussi. Plus grands que nature, ils arborent un air invincible malgré l’état de leur chair qui a durement subit l’épreuve du temps. Pas de doute, Gardenia se dévoile dès lors comme une pièce unique, irrévérencieuse et dure par moment, féerique et magique l’instant suivant.


Au centre du portrait veston-cravate, on retrouve la comédienne transsexuelle Vanessa Van Durme, entourée de six amis travestis ou transsexuels, instigatrice de ce projet peu orthodoxe qui transpose au théâtre le dernier tour de piste d’artistes atterrés par la fermeture de leur cabaret. Depuis plusieurs années maintenant, l’univers des travestis a été abordé en amont et en aval, dans tous ses retranchements et dans tous les genres, et s’inscrit dans la très sélecte liste de sujets épineux où les clichés et la caricature sont difficilement contournables. C’est le défi qu’on dû relever le chorégraphe Alain Platel, fondateur de la troupe les ballets C de la B, ainsi que Frank Van Laecke, metteur en scène.


Émulsionner les couches


«Nous n’entendons pas éluder les clichés, car ils font partie intégrante de cet univers.», concède volontiers Van Laecke. «Mais il faut leur donner forme de telle sorte que les choses se précisent sous cette surface et que l’on puisse aborder différentes couches simultanément.» Une surface, plaquée au fond de teint et au make-up, qui gouverne un coeur qu’on ne peut cependant berner avec l’abus de mascara, et un corps qui, dénudé, gémit de l’ampleur de la défaite infligé par le temps. Une surface artificielle qui, loin des projecteurs, est rabougrie par la grisaille de l’anonymat et de la solitude, le corps égaré dans un costume veston-cravate, lieu de vulnérabilité pour ces drogués du clinquant.

Une fiction réelle

Plus qu’une œuvre de fiction, Gardenia est une pièce d’une authenticité douloureuse, un témoignage personnalisé de chaque protagoniste d’où émane une profonde humanité. On les voit vivre leur dernier spectacle, à partir de leur déguisement en homme à veston-cravate des plus banals, jusqu’à la réappropriation de leur peau véritable sous forme de femme à robe flamboyante, sacoche assortie à la main. Sur scène, le sextet de sexagénaire est accompagné d’une femme véritable et d’un éphèbe. Celle qu’ils n’ont tragiquement jamais incarnée et celui qu’ils ne sont plus ou n’ont jamais été. La scène où ces deux symboles opposés d’envie se chamaillent inlassablement évoque bien ce tiraillement identitaire chronique entre la frontière des sexes, mais aussi la difficulté de la cohabitation entre le masculin et le féminin.

Vibrant hommage aux drag-queens déchues, Gardenia appelle une empathie spontanée pour celles qui subliment la scène et qui fanent sans elle. Pris à parti comme miroir, appareil photo et public véritable, les spectateurs sont entrainés dans une prestation de la dernière chance peu loquace, où l’œuvre d’Aznavour, Dalida, Ravel et autres est judicieusement exploitée, dans une mise en scène plus souvent qu’autrement dynamique et superbement chorégraphiée. Malgré l’émotion et la beauté au sens propre et figuré des idées proposées pour chaque tableau, la redondance de la proposition des (trop) longues scènes affaiblie quelque peu l’œuvre, dont la principale force s’avère à être les personnages eux-mêmes, criants de vérité dans leur propre rôle. Un divertissement haut en couleur et en humanité…

*Gardenia est présenté les 6 et 7 juin dans le cadre du Carrefour international de théâtre. Pour plus d'informations: http://www.carrefourtheatre.qc.ca/

Article par Dany Plourde, redaction@chyz.ca
 

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