Ajouté par : David Goulet
- "La laideur est supérieure à la beauté, en ce qu'elle dure".
Voilà les paroles de Serge Gainsbourg qui ouvrent le spectaculaire Cabaret Gainsbourg de Pupulus Mordicus, qui renaît au Théâtre Périscope dans le cadre du Carrefour International de Théâtre, au grand bonheur du public.
Quelle meilleure manière de découvrir et de redécouvrir le mythique Gainsbourg qu'à travers la vision loufoque et audacieuse de Martin Genest et Pierre Robitaille. Car ce n'est pas un hommage, mais bien un portrait à la fois objectif et irrévérencieux de l'univers du chanteur français, où on tente de dévoiler l'artiste fragile et humain sous les couches de fumées et de femmes. Le cabaret commence, lancé par une performance explosive de peinture "live". Le vinyl tourne, les numéros se succèdent, le public applaudit. C'est une collection de bonnes idées inspirées de l'histoire de Gainsbourg, de ses paroles, de sa musique et évidemment du médium de la marionnette, spécialité de Pupulus Mordicus.
Au sein du Cabaret Gainsbourg, la marionnette fait appel à l'imaginaire du public, créé de magnifiques images surréalistes, mais sert surtout à évoquer les différentes facettes de Serge Gainsbourg, du séducteur sensuel à l'artiste vulnérable. La permissivité de ce médium ajoute également beaucoup au spectacle; le meilleur exemple demeure la performance des Sucettes, où une fillette en marionnette se dandine sur des fleurs en forme de phallus, un moment délicieux se terminant par un solo de claquettes de ces fleurs phalliques.
Une équipe de musiciens solides soutient chacune des chansons, dont l'interprétation musicale et vocale est quasi-sans faille. On le voit, c'est un spectacle qui a fait ses preuves, qui se rafine au fil des représentations et qui ne se permet aucune erreur. Compte tenu de la complexité technique du spectacle, de l'attirail de micros, de costumes, de marionnettes qui défile sous nos yeux, aucun doute que ce Cabaret est un défi assez essouflant. (soulignons ici la performance de Valérie Laroche, qui n'arrête pas une seconde pendant toute l'heure que dure le spectacle, changeant de rôle et de costume plus vite que l'éclair, tout en chantant et en manipulant les marionnettes).
Que ce soit la salle, disposée en formule-cabaret avec tables et chandelles, qui se transforme en fonds marins pendant 69 année érotique, la danse endiablée de la petite femme accrochée aux mains du pianiste pour Les femmes c'est du chinois, ou le gracieux envol du piano-monarque, Cabaret Gainsbourg propose un éventail d'imageries, d'univers, une successions d'idées incroyablement simples mais efficaces qui valent le déplacement. Si les finances le permettent chez Pupulus Mordicus, peut-être connaîtra-t-on une version "augmentée" du spectacle, ou alors, pourquoi pas, un autre spectacle musicalement marionnettisé. En attendant, allez découvrir ce délicieux délire !
Vidéo à l'appui: http://www.youtube.com/watch?v=uSzGJZUVBgw