Ajouté par : Dany Plourde
Le Carrefour international de théâtre présente du 6 au 8 juin au théâtre de la Bordée l'une des pièces les plus intrigantes et prometteuses de sa cuvée 2011. Crée en 2004 par la compagnie japonaise chelfitsch (dérivé de selfish en anglais) avec à sa tête l’aventureux auteur et metteur en scène Toshiki Okada, Cinq jours en mars est l’une des pièces nippones les plus adulées des dernières années, autant sur le plan national qu’international.

Les attentes étaient donc élevées pour cette pièce qui s’avoue d’entrée de jeu très minimaliste dans son approche, prenant place dans un environnement dépouillé, habité d’un seul mur blanc. Articulant un discours très contemporain, sept Japonais livrent la réalité des jeunes de 25 ans, où l’ennui et l’indifférence blindent leur compréhension et leur implication dans les conflits mondiaux. Alors que la guerre en Irak débute, cette jeunesse japonaise, peu différente de celle des autres pays, nous entretient plutôt de ses sorties en ville, de ses histoires d’amour sans lendemain.
De l’antithéâtre au butô…
Si le sujet n’a rien de bien révolutionnaire, il en est tout autre de la forme du texte. Intercalé de mille et une digressions, le texte, qui tapisse la pièce dans toute sa longueur, oscille entre la narration, le dialogue et le monologue. D’inspiration brechtienne, la pièce ne s’intéresse en aucun cas à l’expression émotionnelle des problématiques évoquées ni à servir une morale mastiquée à l’audience, mais invite plutôt à la rationalisation de la proposition. Multipliant les ruptures de ton, les sept acteurs brouillent les pistes en se reléguant les personnages qui ressassent les mêmes événements, d’un angle et d’une précision factuelle variables. Dans une gestuelle inspirée du butô – danse japonaise subversive et minimaliste inventée au Japon après la 2e guerre mondiale –, les acteurs jouent à mi-chemin entre le naturel et la chorégraphie minimaliste, misant sur l’effet dérangeant du déséquilibre constant du corps et de la répétition des mouvements. Unique attrait visuel, les éclairages bruts et les jeux d’ombre, utilisés de façon ponctuelle, habillent habilement et élégamment les tableaux d’une couleur, d’une forme et d’une ambiance.
Volubilité surtitrée
Cinq jours en mars est avant tout un flow de paroles incessant et rapide, qui oblige le spectateur à être rivé aux surtitres, qui ne rendent pas la richesse du discours. Quelque peu perdu entre les nombreux référents qui ne trouvent pas de résonnance dans la culture québécoise et la langue étrangère dont il ne connaît pas les inflexions et intonations, le spectateur passe facilement à côté de la démarche artistique osée du créateur de ce texte alambiqué, qui donne faussement l’apparence d’une complexité capricieuse plutôt que d’une innovation. C’est probablement ce qu’on dû penser certains spectateurs qui ont abruptement disparu à l’entracte, qui était d’ailleurs plus que nécessaire.
Tout de même pertinent à voir?
Exigeant, mais tout à fait fascinant de modernité, de refus des conventions et d’un minimalisme inventif, Cinq jour en mars vaut la peine d’être vécu, malgré une relative inaccessibilité linguistique qui enlève beaucoup plus qu’il ne donne à la pièce, si ce n’est que pour expérimenter une proposition étrangère qui s’éloigne foncièrement des sentiers battus.
*Cinq jour en mars est présenté les 6, 7 et 8 juin dans le cadre du Carrefour international de théâtre. Pour plus d'informations: www.carrefourtheatre.qc.ca/
Article par Dany Plourde, redaction@chyz.ca