Ajouté par : Caroline Auclair-Daigle

-par Caroline Auclair-Daigle
Quoi de mieux pour bien célébrer l’arrivée de l’hiver que de braver la tempête pour une représentation fort attendue de la troupe montréalaise Rubberbandance Group. Cette compagnie se produisait, au Grand Théâtre de Québec, le mercredi 9 décembre au soir sur la scène de la Salle Crémazie, intégrant une variété de styles de danse au gré de la soirée: du hip-hop, du break dancing, du classique, du contemporain.
Victor Quijada, qui a d’abord passé le début de sa vie à flâner dans les quartiers flamboyants de Los Angeles et de New York, a initialement développé un intérêt grandissant pour la dance qui allait éventuellement devenir son métier. Son intérêt c'est porté sur cet art du mouvement, d’abord dans les ruelles américaines puis, grâce à cet engouement soutenu, auprès des grandes écoles de danse. C’est en puisant dans son bagage personnel que Victor Quijada se met alors à imaginer et chorégraphier des danses contemporaines à l’allure axée sur une vision moderniste de cet art. Le chorégraphe et interprète a par ailleurs initialement été élève à l'école supérieure de danse du Québec avant de passer aux planches de l'École nationale de ballet pour ensuit devenir l’enfant chéri actuel de la danse contemporaine à Montréal.
En étroite relation et collaboration Anne Plamondon, le duo assure avec ardeur la direction artistique du groupe, venant pour la pièce Punto Ciego offrir une sorte de création hybride dans laquelle les états d’esprits dénudés et les mouvements corporels à l'état brut composent avec l'esthétisme tel que représenté dans le monde contemporain ainsi que puisé au sein d’un base classique en danse. Punto Ciego cherche à manier les perceptions avec une intensité telle qu’il en devient flagrant que ce que l'œil perçoit ne correspond pas assurément, et toujours, à la réalité propre.
Fortement acclamé partout où il frôle les planches de scène depuis sa fondation en 2002, le groupe montréalais Rubberbandance Group est innovateur et rafraîchissant, se taillant une place à titre de groupe pionnier en son genre. Avec cette nouvelle pièce Punto Ciego, un création artistique qui rassemble tous les six danseurs – 3 danseurs + 3 danseuses, de la compagnie. Quijada et Plamondon fusionnent la dextérité du breakdance, l’énergie urbaine du hip-hop et l’élégance fluide du ballet classique, fracassant les barrières entre les genres et en expérimentant un travail scénique qui entremêle danse, théâtre et nouvelles technologies, -pensez effets stroboscopiques sur scène. La thématique première de cet œuvre consiste en la relation que nous entretenons à l’égard de la célébrité et de la montée incessante de l’attrait pour la pop star, considérant cette soif inassouvie de devenir célèbre, omniprésente dans notre über-société.
Les deux co-directeurs artistiques défendent comme quoi l'image est constamment en mesure d’être manipulée. La pièce vient par ailleurs critiquer l’archétype du Star système, qui veille incessamment à formuler une image tout faite pour véhiculer un message pré-mâché insipide. La pièce est composée d’une panoplie de segments de durée diverse, proposant une entrée en la matière qui recherche à rompre le quatrième mur qui divise les artistes de son audience, sous la forme d’un talk-show bien en règle. En second lieu, quatre danseurs s’intègrent à la scène pré-établie, et la formation explore, un peu selon les méthodes prônées par l'écrivain Milan Kundera, à une continuité de sketch de danse sans lien apparent, quoique, dans l’enceinte de la Salle Crémazie hier soir, tout a bien fini par prendre un certain sens au final.
La profondeur du travail repose sur un idiome éminemment personnel et dynamique et dans chaque cas la gestuelle est explosive et, cependant, d’une étonnante légèreté. Quijada peut compter sur des danseurs qui comprennent ce qu’il veut exprimer. Punto Ciego donne place à l'expression d'une identité perdue et, plus largement, s'ancre dans l'expérience humaine. Le chorégraphe et sa compagnie se situent aux avant-postes mêmes de la danse moderne, créant un lien viscéral et chargé d’émotion avec leurs auditoires.
Surprenants, gracieux et intrépides, l’ensemble des six artistes charismatiques accomplis vrilles sur la tête, flares, freezes et autres acrobaties avec une aisance assumée, alors que le public ne détecte aucune difficulté apparente. Alliant l’instinct théâtral aux qualités athlétiques et à la grâce un sens de l’humour désaltérant, le Rubberbandance Group signe ici une pièce débordante de talent et d'énergie. Une danse étourdissante, fusion ardente pour contrer les grands vents dehors !