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Critique - Spectacle

Date : 23/05/2011

Ajouté par : Dany Plourde

Retour sur la tonitruante cuvée 2011 du FIMAV

Indéniablement l’un des festivals les plus avant-gardistes à se tenir en sol québécois à chaque année, le Festival international de musique actuelle de Victoriaville a su se forger une envieuse réputation au fil de ses 29 années d’existence, autant sur le plan international que local. Audacieux et rejetant systématiquement les conventions sonores, d’exécution et d’expression multi-sensorielle, le FIMAV invite à chaque année des artistes qui défient à leur façon les lois du prévisible. La vision artistique de ces créateurs oblige même le plus téméraire des festivaliers à réactualiser son ouverture d’esprit, voire à redéfinir sa conception de l’Art. Truffée de monuments de la musique actuelle tels que Peter Brötzmann,Anthony Braxton et Nels Cline, la programmation de cette 27e édition réservait bon nombre de premières mondiales et nord-américaines, où inédit rimait bien souvent avec ébahissement. Voici quelques uns des moments mémorables de cette édition particulièrement éclectique du FIMAV 2011 qui se tenait du 19 au 22 mai dernier!

Kid Koala, en première mondiale

Kid Koala

Sans l’ombre d’un doute la tête d’affiche la plus «artistiquement abordable» du FIMAV, Kid Koala venait présenter en première mondiale sa toute nouvelle création «12 Bit Blues Show», laquelle devrait voir le jour sous forme physique seulement en 2012, via Ninja Tune. Accoutré d’un fluffy costume de koala – un pari perdu, nous avoua-t-il d’entrée de jeu –, le jeune papa nous a dévoilé non sans heurts son nouvel univers en rodage, voire même en gestation, axé sur le blues. Moins inventif et raffiné que certains de ses projets phares tel que «Some Of My Best Friends Are DJs», duquel le plus charismatique des koalas a par ailleurs bidouillé quelques pièces, «12 Bit Blues Show» s’annonce néanmoins prometteur pour ceux qui ont apprécié l’escapade rock, cru et lourd «The Slew», avec sa livraison sonore plus upbeat et accessible qu’une bonne partie de sa discographie. Divertissant et toujours aussi irrésistible, le platiniste, concepteur, illustrateur, dadaïste, humoriste et bédéiste a su charmer le public avec son habituel rire enfantin et son humour naïf qui ponctuaient la fin de chacune de ses compositions, mais aussi en invitant le public à réagir à la projection de l’un de ses films d’animation comportant un combat âprement disputé entre deux street dancers.

Des matériaux de construction à vocation musicale?

Fort probablement la prestation la plus spectaculaire du festival, F.M. Einheit, percussionniste allemand, et Erikm, platiniste français, ont livré une performance violente et d’une créativité destructrice, usant des instruments non homologués. Armé – le mot est juste – d’un ressort métallique massif suspendu au plafond et d’une feuille d’acier sur laquelle il faisait crisser le gravier et pulvériser les briques à l’aide d’un marteau et d’une perceuse électrique, F.M. Einheit a démontré toute sa maîtrise de ces matériaux pauvres dans une performance scénique hautement physique, fracassante et percussive. Loin d’être plus conformiste, le jeune platiniste français a pour sa part gravé nos mémoires par sa gestuelle flexible, cassante et d’une célérité tout à fait prodigieuse. La direction musicale de cette paire peu orthodoxe a su être à la hauteur du spectacle visuel ahurissant, multipliant les inflexions et les éclats sonores en parfaite connivence l’un avec l’autre. Rarement aurons-nous pu observer un tel niveau de symbiose pour un univers sonore aussi déstructuré et assujetti à l’improvisation, n’obéissant qu’à la surprise et à l’insolite.
Erikm et F.M. Einheit

Peter Brötzmann, l’homme aux poumons de fer

Peter Brötzmann

Le géant du jazz fait une entrée nonchalante sur scène, la démarche lente et pesante, la nuque affaissée, le visage surplombée de cette vénérable moustache qui lui donne un panache certain, mais le corps trop court pour être l’habitat de ce redoutable jazzman légendaire. Pendant deux secondes, une impardonnable incrédulité fait irruption en moi : comment cet antithèse au dandysme aura-t-il l’étoffe de free-jazzer pendant une heure son publique aux expectatives nourries de l’attente d’une vie? Sitôt positionné sur scène, l’Allemand qui vient de célébrer ses 70 ans empoigne sans cérémonie son saxophone et, avec une économie de mouvements notable, décline pendant de longues minutes un répertoire free jazz élégant et d’une complexité déconcertante. Comme ça, comme s’il s’agissait là d’une tâche banale, presque qu’insignifiante de simplicité. De son regard intraitable à sa prestance inébranlable, tout de la performance de M. Brötzmann inspirait solidité et maitrise. Mémorable est le mot…

Jaap Blonk, docteur de l’onomatopée

Curieux personnage néerlandais à la fois excentrique et timide, Jaap Blonk a fait de la performance vocale sa profession. Virtuose des cordes vocales et fin utilisateur de ses tissus faciaux, Blonk explore les possibilités de la gestuelle buccale avec son personnage de scène Dr Voxoid’s Next Move. Parfois employée à tonifier un conte ou encore à plonger dans une ritournelle d'onomatopées, la voix de Blonk est plus que des ondes sonores, elle est un personnage à part entière. Parfois d’une musicalité insolite, parfois d’un humour euphorisant, cette voix aux facettes multiples est un feu roulant de mots aux tonalités d’une précision chirurgicale. Un délicieux aparté aux performances musicales au format «plus conventionnel»…


Sans oublier les autres…

L’inclassable œuvre de 7K Oaks a également suscité bien des émois chez les spectateurs, alors que le quatuor a réussi l’exploit de livrer d’une traite, sans interruption, les pièces du nouvel album «Entelechy», totalisant plus d’une heure de matériel passant de l’électro-acoustique au noise, en s’aventurant jusqu’au free jazz. Le pianiste Luca Venitucci a particulièrement impressionné la foule avec sa technique spectaculaire faisant intervenir l’entièreté de ses bras, qui prenaient l’allure de tentacules. La collaboration entre le vocaliste expérimental Koichi Makigami, le musicien-chanteur de gorge altaï Bolot Bayryshev et l’exceptionnel percussionniste Sato Masaharu a également apporté son lot de surprises. Les compositions punk-rock expérimental très techniques et mordantes de The Ex ont su trouver un public survolté, en particulier grâce au quatuor de cuivres free-jazz qui ajoutait massivement à l’avalanche de décibels crachés aux corps des festivaliers. Finalement, les installations sonores, une tentative de démocratisation de la culture, ont su profité aux passants de la ville. Un recyclage de musiques vocales de Papouasie, une réflexion sur l’effritement des clochers ainsi qu’une installation mettant en scène huit vieilles machines à coudre des années 1930-40 ont entre autres été présentés au public.


Et les risques d’acouphène dans tout ça?

Rare faux pas dans cette excellente programmation du FIMAV, la collaboration pourtant fort prometteuse entre le guitariste français Richard Pinhas, le bruitiste japonais Merzbow et le trio noise du Michigan Wolf Eyes n’a pas livré l’extase sonore escompté. Se livrant plutôt à une application méticuleuse à éclater les tympans et à composer dans une zone d’inconfort auditif où l’acouphène est exacerbé, le collectif a plutôt provoqué des spasmes inédits chez les spectateurs, en particulier pour ceux qui ont eu l’imprudence de s’y aventurer sans bouchons.

On a hâte à l’année prochaine?

Oh, ça oui! Vivement la 28e édition du FIMAV qui fêtera ses 30 années d’existence.
 

*Pour te tenir informé de la scène de la musique actuelle/expérimentale, suis religieusement le palmarès Expérimental de CHYZ 94,3 FM!

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