Ajouté par : David Goulet
(Par Alex Tremblay)
Jusqu’au 6 août, l’Opéra de Québec présente la pièce maîtresse du premier Festival d’opéra de Québec, Le Rossignol et autres fables d’Igor Stravinsky mis en scène par Robert Lepage. Dès le début de la soirée, on est vivement impressionné par les « autres fables ». Ce qui pourrait sembler, à prime abord, n’être qu’un simple amuse-gueule musical prend une forme grandiose grâce à la force évocatrice des ombres chinoises qui se déploient devant les spectateurs. Celles-ci s’imposent même comme un des moments forts de la soirée. Les mains se lient et se délient pour créer toutes sortes de scènes plus évocatrices et plus impressionnantes les unes que les autres. Le synchronisme des artistes derrière ce théâtre d’ombre est particulièrement impressionnant. Même lorsqu’ils se mettent à plusieurs pour créer un tableau, leurs gestes sont d’une exactitude finement étudiée et coulent exactement au même rythme que la musique. La salle était d’ailleurs visiblement sous le charme, allant d’éclats de rires en moments d’attendrissement. Même le clarinettiste Stéphane Fontaine participait à la fête, alliant avec brio l’interprétation de trois pièces pour clarinette seule et celle d’un personnage semblant tout droit sorti du folklore russe.

Les chanteurs Yuri Vorobiev (le bonze), Nabil Suliman (le chambellan) et Elena Semenova (la cuisinière) plongés dans l'eau jusqu'à la taille en compagnie de leur marionnette. (Photographie Louise Leblanc, Gracieuseté du Festival d'Opéra de Québec)
Le ballet Renard se révèle tout aussi agréable. Son intérêt réside dans le fait que le spectacle se passe tant devant que derrière l’écran. D’un côté, les quatre chanteurs jouent leur rôle avec doigté tout en chantant avec émotion le récit alors que, de l’autre, cinq acrobates s’animent pour projeter les ombres des personnages de l’histoire. Mieux, les artistes deviennent de véritables marionnettes vivantes grâce à leur costume et leur agilité derrière l’écran. Celui-ci participe d’ailleurs au spectacle, passant du noir au blanc et même au rouge dans une scène savoureuse évoquant le film Psychose. Le résultat est d’une élégance et d’un raffinement marqué et ce même dans le lever du rideau et le salut de la distribution.
En deuxième partie, le public a droit à la pièce de résistance de la soirée, l’opéra Le Rossignol pour lequel une piscine de 70 000 litres d’eau a été aménagée dans la fosse d’orchestre. En plus d’y faire circuler jonques, dragons chinois et autres embarcations asiatiques, Robert Lepage y fait littéralement nager la plupart des chanteurs qui y circulent en compagnie d’une marionnette qui les représente. Même chaque membre du chœur est doté de son propre petit personnage qu’il déplace au gré de l’action. Ceux-ci évoluent dans des décors superbes qui évoquent avec chatoiement les fastes et le raffinement de l’Orient. Il convient d’ailleurs de souligner le travail de l’Américain Michael Curry, concepteur des marionnettes. Celles-ci sont tout simplement superbes et on ne peut que déplorer de ne pas pouvoir s’en approcher davantage pour mieux jouir de la finesse de leurs détails. Seule ombre au tableau, les interprètes ne semblent pas autant unis par cette chimie qui faisait leur force avant l’entracte. Malgré tout, la soirée s’avère des plus agréables. Nous tenons d’ailleurs à saluer la justesse du chant d’Edgaras Montvidas. Sa voix est tout à fait sublime et donne à cet opéra un charme indéniable. Le mot de la fin lui appartient d’ailleurs : « Seigneur, comme c’est beau. »
Informations :
Le Rossignol et autres fables d’Igor Stravinsky
Mise en scène : Robert Lepage
Chef d’orchestre : Johannes Debus
Le Rossignol : Julia NOVIKOVA, soprano
Le Pêcheur : Edgaras MONTVIDAS, ténor
La Cuisinière : Elena SEMENOVA, soprano
L’Empereur de Chine : Ilya BANNIK, basse
Le Chambellan : Nabil SULIMAN, baryton
Le Bonze : Yuri VOROBIEV, basse
La Mort : Svetlana SHILOVA, soprano
Premier émissaire japonais : Adam LUTHER, ténor
Deuxième émissaire japonais : Réal TOUPIN, basse
Troisième émissaire japonais : Vincent A. KARCHE, ténor
Choristes-solistes : Carole CYR, Rachèle PELLETIER-TREMBLAY et Keven GEDDES
Présenté les 2, 3, 5 et 6 août à 20h
Salle : Grand Théâtre de Québec (salle Louis-Fréchette)
Pour plus d’information : Opéra de Québec