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Critique - Spectacle

Date : 24/10/2011

Ajouté par : David Goulet

Critique de l'opéra : Eugène Onéguine


Eugène Onéguine à l’Opéra de Québec : un pur moment d’intensité
par Alex Tremblay


Jusqu’au 29 octobre, l’Opéra de Québec présente l’un des chefs-d’œuvre de Tchaïkovski, l’opéra Eugène Onéguine. Contrairement à Cyrano de Bergerac, cette production mise en scène par François Racine n’attend pas la fin de l’envoi pour toucher. Bien au contraire, c’est à un véritable crescendo d’émotions et d’intensité que nous convie Racine. Les deuxième et troisième actes sont d’ailleurs marqués par une vive tension qui ne cesse de croître et qui tient le public en haleine jusqu’à la dernière note. À partir du moment où le rideau tombe sur une Tatiana figée par l’émotion, voire complètement terrifiée, à la fin du bal chez les Larine (premier tableau de l’acte II), les moments d’intensité ne cessent de se succéder. Le ténor Dmitry Trunov offre d’abord au public un moment d’émotion particulièrement vif dans l’air qu’il chante dans la scène du duel. Sa voix sert admirablement bien l’intrigue. Sa performance – avec raison chaudement applaudie et saluée par des spectateurs conquis – se révèle touchante, déchirante. L’entrain avec lequel l’orchestre ouvre l’acte suivant en apparaît d’ailleurs presque indécent tellement le public était encore sous le choc. Dans la dernière scène, l’intensité en vient même à faire frissonner les spectateurs lorsqu’Onéguine supplie Tatiana de lui pardonner.
 


Tatiana Larina interprète une Tatiana troublante de justesse dont les silences retenus et les regards expressifs rappellent ceux d'Holly Hunter dans La Leçon de piano de Jane Campion. (Photographie Louise Leblanc, Gracieuseté de l'Opéra de Québec)
 

Tout au long de la soirée, le baryton Jean-François Lapointe offre une performance convaincante. Sa voix est puissante et mélodieuse. Mieux, elle se fond admirablement bien à la musique de l’orchestre. C’est également le cas de la voix de la soprano Tatiana Larina qui, curieusement, porte le même nom que son personnage (!). Hélas, dans les moments où sa voix pourrait fusionner avec l’orchestre, celui-ci l’enterre parfois. Même la puissante voix de Lapointe peine par moment à s’imposer tant l’orchestre occupe tout l’espace sonore. Les airs du premier tableau qu’on entend depuis les coulisses sont également beaucoup trop étouffés. Cela empêche hélas le public de profiter pleinement de la beauté de la musique et des voix qui s’entrelacent. C’est fort dommage, mais ça n’enlève rien à la performance de l’orchestre symphonique de Québec. Avant le même le lever du rideau, il fait entrer le public en communion avec l’œuvre de Tchaïkovski. Grâce à l’habile direction de Daniel Lipton et au talent des musiciens, les valses et les polonaises sont particulièrement entraînantes alors que les airs plus dramatiques se révèlent poignants et touchants.

Quant aux décors, ils s’avèrent malheureusement froids lorsque les éclairages ne les mettent pas en valeur. Heureusement, la plupart des tableaux bénéficient des talents d’éclairagiste de Serge Gingras, véritable maître de la lumière sur scène. Il offre tantôt une atmosphère mystérieuse et évanescente en recréant une véritable brume, tantôt une fin de journée particulièrement réussie grâce à une lumière orangée descendant doucement sur les décors.

Bien que le jeu des chanteurs soit inégal – Lapointe incarne un Onéguine un peu trop statique alors que Larina joue une Tatiana troublante de justesse et qu’Emilia Boteva offre une nourrice qui pose le geste juste au bon moment –, il s’agit indéniablement, à mon avis, d’une des meilleures productions qu’a offert l’Opéra de Québec depuis les dernières années. Un opéra avait rarement atteint cette intensité à Québec. Nul besoin de connaître l’œuvre de Tchaïkovski pour vous laisser toucher, la musique et la beauté de la voix des chanteurs sauront assurément vous séduire. C’est un spectacle à voir.


Informations :
Eugène Onéguine de Piotr Ilitch Tchaïkovski
Chef d’orchestre : Daniel Lipton
Mise en scène : François Racine
Eugène Onéguine : Jean-François Lapointe, baryton
Lenski : Dmitry Trunov, ténor
Tatiana : Tatiana Larina, soprano
Olga : Margarita Gritskova, mezzo-soprano
Le Prince Grémine : Alexander Savtchenko, basse
Madame Larina : Sonia Racine, mezzo-soprano
Filipievna : Emilia Boteva, mezzo-soprano
Monsieur Triquet : Hugues Saint-Gelais, ténor
Zaretski : Pierre-Étienne Bergeron, baryton
Un capitaine : Michel Cervant, basse

Présenté les 25, 27 et 29 octobre 2011 à 20h
Salle : Grand Théâtre de Québec (salle Louis-Fréchette)
Pour plus d’information : http://www.operadequebec.qc.ca/francais/eugene-oneguine_dist.htm

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30/10/11 à 13:10

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