Regroupant Drew St. Ivany à la guitare, Ben Armstrong à la basse et Jeff Conaway à la batterie, la formation instrumentale d'origine new yorkaise est venue procurer un spectacle d'une rare intensité aux mélomanes réunis hier soir au Bar-Coop l'Agitée.
Par François-Samuel Fortin
Toutefois, peu de véritables amateurs de la formation semblaient s'être donné rendez-vous, la foule étant pour la plupart constituée des groupes locaux ayant joué en première partie et de leurs cercles d'amis respectifs. L'expérience acquise lors de nombreuses tournées européennes et américaines a toutefois permis à Psychic Paramount de balancer à la face des gens présents des pièces de rock instrumental abrasif surpuissant et survoltant. Plusieurs néophytes furent convertis à cette approche plutôt maximaliste et envoutante du rock instrumental.
Si le psychique est primordial, les trois gars de The Psychic Paramount font pourtant tout pour l'inciter à déconnecter. Le mur de son créé par les trois acolytes sur les albums studio est plus qu'adapté pour induire des transes psychédéliques lorsque transposé sur scène, étant principalement composé de boucles assourdissantes et de riffs frénétiques posés sur des rythmes rapides et syncopés et une basse pleine de distorsion. Une machine à fumée hyperactive suffit à rendre l'atmosphère encore plus mystifiante et pesante.
Avec, "II", un premier album en six ans paru en février 2011, le groupe fondé en 2002 a encore une fois acquis les faveurs de la critique et des mélomanes téméraires, leur valant d'être comparé à plusieurs groupes mythiques tels que Acid Mothers Temple, Lightning Bolt et les Boredoms, qui jouent tous les cartes conjointes de l'intensité et du psychédélisme.
Fait à noter: leur passage était une des rares chances de voir le groupe se produire au Québec, car même Montréal est écarté de la présente tournée. Leur passage s'insère dans une mini tournée de rodage qui sert de préambule à une série d'apparitions en Europe, notamment avec les légendes de The Melvins et Sleep, au profit de la capitale nationale. Il faut dire que la formation est déjà passée quelques fois par Montréal, dont une fois avec Zombi en 2007 et plus récemment avec Disappears, en juillet dernier. Elle sera par ailleurs de retour en juillet à la Casa del Popolo.
Il s'agissait donc d'un spectacle comme il s'en fait peu à Québec et malheureusement, les mélomanes n'ont pas massivement saisi l'occasion. Espérons que ces légers bémols n'empêcheront pas des spectacles similaires de se tenir dans les mois à venir et que le promoteur comme le groupe seront intéressés à ce qu'un évènement du genre se reproduise dans la vieille capitale.
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Curieux de les entendre? Voici un extrait de leur plus récent album studio,II.
Eugène Onéguine à l’Opéra de Québec : un pur moment d’intensité
par Alex Tremblay
Jusqu’au 29 octobre, l’Opéra de Québec présente l’un des chefs-d’œuvre de Tchaïkovski, l’opéra Eugène Onéguine. Contrairement à Cyrano de Bergerac, cette production mise en scène par François Racine n’attend pas la fin de l’envoi pour toucher. Bien au contraire, c’est à un véritable crescendo d’émotions et d’intensité que nous convie Racine. Les deuxième et troisième actes sont d’ailleurs marqués par une vive tension qui ne cesse de croître et qui tient le public en haleine jusqu’à la dernière note. À partir du moment où le rideau tombe sur une Tatiana figée par l’émotion, voire complètement terrifiée, à la fin du bal chez les Larine (premier tableau de l’acte II), les moments d’intensité ne cessent de se succéder. Le ténor Dmitry Trunov offre d’abord au public un moment d’émotion particulièrement vif dans l’air qu’il chante dans la scène du duel. Sa voix sert admirablement bien l’intrigue. Sa performance – avec raison chaudement applaudie et saluée par des spectateurs conquis – se révèle touchante, déchirante. L’entrain avec lequel l’orchestre ouvre l’acte suivant en apparaît d’ailleurs presque indécent tellement le public était encore sous le choc. Dans la dernière scène, l’intensité en vient même à faire frissonner les spectateurs lorsqu’Onéguine supplie Tatiana de lui pardonner.
Tatiana Larina interprète une Tatiana troublante de justesse dont les silences retenus et les regards expressifs rappellent ceux d'Holly Hunter dans La Leçon de piano de Jane Campion. (Photographie Louise Leblanc, Gracieuseté de l'Opéra de Québec)
Tout au long de la soirée, le baryton Jean-François Lapointe offre une performance convaincante. Sa voix est puissante et mélodieuse. Mieux, elle se fond admirablement bien à la musique de l’orchestre. C’est également le cas de la voix de la soprano Tatiana Larina qui, curieusement, porte le même nom que son personnage (!). Hélas, dans les moments où sa voix pourrait fusionner avec l’orchestre, celui-ci l’enterre parfois. Même la puissante voix de Lapointe peine par moment à s’imposer tant l’orchestre occupe tout l’espace sonore. Les airs du premier tableau qu’on entend depuis les coulisses sont également beaucoup trop étouffés. Cela empêche hélas le public de profiter pleinement de la beauté de la musique et des voix qui s’entrelacent. C’est fort dommage, mais ça n’enlève rien à la performance de l’orchestre symphonique de Québec. Avant le même le lever du rideau, il fait entrer le public en communion avec l’œuvre de Tchaïkovski. Grâce à l’habile direction de Daniel Lipton et au talent des musiciens, les valses et les polonaises sont particulièrement entraînantes alors que les airs plus dramatiques se révèlent poignants et touchants.
Quant aux décors, ils s’avèrent malheureusement froids lorsque les éclairages ne les mettent pas en valeur. Heureusement, la plupart des tableaux bénéficient des talents d’éclairagiste de Serge Gingras, véritable maître de la lumière sur scène. Il offre tantôt une atmosphère mystérieuse et évanescente en recréant une véritable brume, tantôt une fin de journée particulièrement réussie grâce à une lumière orangée descendant doucement sur les décors.
Bien que le jeu des chanteurs soit inégal – Lapointe incarne un Onéguine un peu trop statique alors que Larina joue une Tatiana troublante de justesse et qu’Emilia Boteva offre une nourrice qui pose le geste juste au bon moment –, il s’agit indéniablement, à mon avis, d’une des meilleures productions qu’a offert l’Opéra de Québec depuis les dernières années. Un opéra avait rarement atteint cette intensité à Québec. Nul besoin de connaître l’œuvre de Tchaïkovski pour vous laisser toucher, la musique et la beauté de la voix des chanteurs sauront assurément vous séduire. C’est un spectacle à voir.
Informations : Eugène Onéguine de Piotr Ilitch Tchaïkovski
Chef d’orchestre : Daniel Lipton
Mise en scène : François Racine
Eugène Onéguine : Jean-François Lapointe, baryton
Lenski : Dmitry Trunov, ténor
Tatiana : Tatiana Larina, soprano
Olga : Margarita Gritskova, mezzo-soprano
Le Prince Grémine : Alexander Savtchenko, basse
Madame Larina : Sonia Racine, mezzo-soprano
Filipievna : Emilia Boteva, mezzo-soprano
Monsieur Triquet : Hugues Saint-Gelais, ténor
Zaretski : Pierre-Étienne Bergeron, baryton
Un capitaine : Michel Cervant, basse
Japandroids c'est une énergie brute, « coup de poing » . Du « rock garage » un peu punk dans l'âme. Deux musiciens et leur urgence de vivre. Et c'est contagieux. On embarque!
Le spectacle a débuté avec des extraits de leur prochain album. Ensuite, la soirée a été consacrée presque entièrement à l'album « Post Nothing » avec les titres tels « Wet Air », « Art Czars », « Younger Hearts Spark Fire » et « Younger Us ».
La guitare était lourde et le rythme, déchaîné. Le chanteur Brian King, inépuisable, était forcé de l'accorder après chaque pièce. Pour mieux repartir!
La pièce « The Boys Are Living Town » livrée en milieu de prestation, c'est carrément le parcours des deux « boys » qui, depuis Vancouver, ont parcouru pas mal de chemin.
Le Rossignol et autres fables : Stravinsky réinventé et amélioré
(Par Alex Tremblay)
Jusqu’au 6 août, l’Opéra de Québec présente la pièce maîtresse du premier Festival d’opéra de Québec, Le Rossignol et autres fables d’Igor Stravinsky mis en scène par Robert Lepage. Dès le début de la soirée, on est vivement impressionné par les « autres fables ». Ce qui pourrait sembler, à prime abord, n’être qu’un simple amuse-gueule musical prend une forme grandiose grâce à la force évocatrice des ombres chinoises qui se déploient devant les spectateurs. Celles-ci s’imposent même comme un des moments forts de la soirée. Les mains se lient et se délient pour créer toutes sortes de scènes plus évocatrices et plus impressionnantes les unes que les autres. Le synchronisme des artistes derrière ce théâtre d’ombre est particulièrement impressionnant. Même lorsqu’ils se mettent à plusieurs pour créer un tableau, leurs gestes sont d’une exactitude finement étudiée et coulent exactement au même rythme que la musique. La salle était d’ailleurs visiblement sous le charme, allant d’éclats de rires en moments d’attendrissement. Même le clarinettiste Stéphane Fontaine participait à la fête, alliant avec brio l’interprétation de trois pièces pour clarinette seule et celle d’un personnage semblant tout droit sorti du folklore russe.
Les chanteurs Yuri Vorobiev (le bonze), Nabil Suliman (le chambellan) et Elena Semenova (la cuisinière) plongés dans l'eau jusqu'à la taille en compagnie de leur marionnette. (Photographie Louise Leblanc, Gracieuseté du Festival d'Opéra de Québec)
Le ballet Renard se révèle tout aussi agréable. Son intérêt réside dans le fait que le spectacle se passe tant devant que derrière l’écran. D’un côté, les quatre chanteurs jouent leur rôle avec doigté tout en chantant avec émotion le récit alors que, de l’autre, cinq acrobates s’animent pour projeter les ombres des personnages de l’histoire. Mieux, les artistes deviennent de véritables marionnettes vivantes grâce à leur costume et leur agilité derrière l’écran. Celui-ci participe d’ailleurs au spectacle, passant du noir au blanc et même au rouge dans une scène savoureuse évoquant le film Psychose. Le résultat est d’une élégance et d’un raffinement marqué et ce même dans le lever du rideau et le salut de la distribution.
En deuxième partie, le public a droit à la pièce de résistance de la soirée, l’opéra Le Rossignol pour lequel une piscine de 70 000 litres d’eau a été aménagée dans la fosse d’orchestre. En plus d’y faire circuler jonques, dragons chinois et autres embarcations asiatiques, Robert Lepage y fait littéralement nager la plupart des chanteurs qui y circulent en compagnie d’une marionnette qui les représente. Même chaque membre du chœur est doté de son propre petit personnage qu’il déplace au gré de l’action. Ceux-ci évoluent dans des décors superbes qui évoquent avec chatoiement les fastes et le raffinement de l’Orient. Il convient d’ailleurs de souligner le travail de l’Américain Michael Curry, concepteur des marionnettes. Celles-ci sont tout simplement superbes et on ne peut que déplorer de ne pas pouvoir s’en approcher davantage pour mieux jouir de la finesse de leurs détails. Seule ombre au tableau, les interprètes ne semblent pas autant unis par cette chimie qui faisait leur force avant l’entracte. Malgré tout, la soirée s’avère des plus agréables. Nous tenons d’ailleurs à saluer la justesse du chant d’Edgaras Montvidas. Sa voix est tout à fait sublime et donne à cet opéra un charme indéniable. Le mot de la fin lui appartient d’ailleurs : « Seigneur, comme c’est beau. »
Informations :
Le Rossignol et autres fables d’Igor Stravinsky
Mise en scène : Robert Lepage
Chef d’orchestre : Johannes Debus
Le Rossignol : Julia NOVIKOVA, soprano
Le Pêcheur : Edgaras MONTVIDAS, ténor
La Cuisinière : Elena SEMENOVA, soprano
L’Empereur de Chine : Ilya BANNIK, basse
Le Chambellan : Nabil SULIMAN, baryton
Le Bonze : Yuri VOROBIEV, basse
La Mort : Svetlana SHILOVA, soprano
Premier émissaire japonais : Adam LUTHER, ténor
Deuxième émissaire japonais : Réal TOUPIN, basse
Troisième émissaire japonais : Vincent A. KARCHE, ténor
Choristes-solistes : Carole CYR, Rachèle PELLETIER-TREMBLAY et Keven GEDDES
Présenté les 2, 3, 5 et 6 août à 20h
Salle : Grand Théâtre de Québec (salle Louis-Fréchette)
Pour plus d’information : Opéra de Québec
Le 7 mai dernier, l’orchestre La Sinfonia offrait le dernier concert de sa programmation 2010-2011 à l’église Saint-Charles-Garnier. Bien loin de s’en tenir à quelques pièces faciles, cet ensemble à cordes formé d’amateurs éclairés a ouvert le programme par l’Adagio et fugue en do mineur de Mozart, œuvre austère et difficile à rendre, avant d’enchaîner avec la Symphonie concertante pour violon et alto de Mozart, le premier mouvement du Concerto pour violoncelle en ré majeur de Haydn et le Premier Concerto brandebourgeois de Bach.
Si l’Adagio et fugue manquait parfois d’âme, malgré une certaine énergie dans son interprétation, la Symphonie concertante a été particulièrement bien rendue. On voyait bien que les musiciens n’en étaient pas à leur première exécution et qu’ils maîtrisaient bien l’œuvre. Les cors rehaussaient le jeu des cordes avec brio et l’orchestre s’est démarqué dans les attaques les plus vives. Le jeu des solistes était cependant inégal. Certains passages étaient on ne peut plus justes et touchants, particulièrement intérieurs, alors que d’autres semblaient encore trop près de l’exercice scolaire.
La seconde partie du concert fut la plus réussie. Béatrice Cadrin fait véritablement de l’orchestre son instrument dans le Concerto pour violoncelle de Haydn. Malgré quelques notes fausses, les cordes étaient beaucoup plus vivantes et majestueuses et merveilleusement bien épaulées par les autres sections de l’orchestre. Le soliste, David Croteau, faisait même véritablement vivre la musique de Haydn en lui insufflant l’âme qui faisait parfois défaut au cours de la première partie du concert.
La soirée s’est terminée en beauté avec le Premier Concerto brandebourgeois de Bach. Les cordes étaient admirablement justes et chaque mouvement était entamé avec vigueur. Seule ombre au tableau : l’orchestre manquait souvent d’unité dans les tutti. Si les différentes sections se répondaient fort bien, l’ensemble manquait parfois d’homogénéité lorsque les cordes rejoignaient les autres sections de l’orchestre. Ces quelques réserves n’enlèvent rien à la qualité du jeu d’ensemble. J’ajouterais même que l’esprit de l’œuvre m’a paru spécialement bien rendu. Au terme du concert, le public semblait ravi et les applaudissements furent nombreux. Forte de cet enthousiasme, Béatrice Cadrin a invité les musiciens à reprendre le premier mouvement du Brandebourgeois pour le plus grand plaisir de l’auditoire.
La Sinfonia est un orchestre d’amateurs de bon niveau dont certains des jeunes chefs de section sont promis à un bel avenir s’ils continuent à pratiquer leur art avec assiduité. C’est donc un rendez-vous à surveiller à la dernière fin de semaine de novembre.
Indéniablement l’un des festivals les plus avant-gardistes à se tenir en sol québécois à chaque année, le Festival international de musique actuelle de Victoriaville a su se forger une envieuse réputation au fil de ses 29 années d’existence, autant sur le plan international que local. Audacieux et rejetant systématiquement les conventions sonores, d’exécution et d’expression multi-sensorielle, le FIMAV invite à chaque année des artistes qui défient à leur façon les lois du prévisible. La vision artistique de ces créateurs oblige même le plus téméraire des festivaliers à réactualiser son ouverture d’esprit, voire à redéfinir sa conception de l’Art. Truffée de monuments de la musique actuelle tels que Peter Brötzmann,Anthony Braxton et Nels Cline, la programmation de cette 27e édition réservait bon nombre de premières mondiales et nord-américaines, où inédit rimait bien souvent avec ébahissement. Voici quelques uns des moments mémorables de cette édition particulièrement éclectique du FIMAV 2011 qui se tenait du 19 au 22 mai dernier!
Kid Koala, en première mondiale
Sans l’ombre d’un doute la tête d’affiche la plus «artistiquement abordable» du FIMAV, Kid Koala venait présenter en première mondiale sa toute nouvelle création «12 Bit Blues Show», laquelle devrait voir le jour sous forme physique seulement en 2012, via Ninja Tune. Accoutré d’un fluffy costume de koala – un pari perdu, nous avoua-t-il d’entrée de jeu –, le jeune papa nous a dévoilé non sans heurts son nouvel univers en rodage, voire même en gestation, axé sur le blues. Moins inventif et raffiné que certains de ses projets phares tel que «Some Of My Best Friends Are DJs», duquel le plus charismatique des koalas a par ailleurs bidouillé quelques pièces, «12 Bit Blues Show» s’annonce néanmoins prometteur pour ceux qui ont apprécié l’escapade rock, cru et lourd «The Slew», avec sa livraison sonore plus upbeat et accessible qu’une bonne partie de sa discographie. Divertissant et toujours aussi irrésistible, le platiniste, concepteur, illustrateur, dadaïste, humoriste et bédéiste a su charmer le public avec son habituel rire enfantin et son humour naïf qui ponctuaient la fin de chacune de ses compositions, mais aussi en invitant le public à réagir à la projection de l’un de ses films d’animation comportant un combat âprement disputé entre deux street dancers.
Des matériaux de construction à vocation musicale?
Fort probablement la prestation la plus spectaculaire du festival, F.M. Einheit, percussionniste allemand, et Erikm, platiniste français, ont livré une performance violente et d’une créativité destructrice, usant des instruments non homologués. Armé – le mot est juste – d’un ressort métallique massif suspendu au plafond et d’une feuille d’acier sur laquelle il faisait crisser le gravier et pulvériser les briques à l’aide d’un marteau et d’une perceuse électrique, F.M. Einheit a démontré toute sa maîtrise de ces matériaux pauvres dans une performance scénique hautement physique, fracassante et percussive. Loin d’être plus conformiste, le jeune platiniste français a pour sa part gravé nos mémoires par sa gestuelle flexible, cassante et d’une célérité tout à fait prodigieuse. La direction musicale de cette paire peu orthodoxe a su être à la hauteur du spectacle visuel ahurissant, multipliant les inflexions et les éclats sonores en parfaite connivence l’un avec l’autre. Rarement aurons-nous pu observer un tel niveau de symbiose pour un univers sonore aussi déstructuré et assujetti à l’improvisation, n’obéissant qu’à la surprise et à l’insolite.
Peter Brötzmann, l’homme aux poumons de fer
Le géant du jazz fait une entrée nonchalante sur scène, la démarche lente et pesante, la nuque affaissée, le visage surplombée de cette vénérable moustache qui lui donne un panache certain, mais le corps trop court pour être l’habitat de ce redoutable jazzman légendaire. Pendant deux secondes, une impardonnable incrédulité fait irruption en moi : comment cet antithèse au dandysme aura-t-il l’étoffe de free-jazzer pendant une heure son publique aux expectatives nourries de l’attente d’une vie? Sitôt positionné sur scène, l’Allemand qui vient de célébrer ses 70 ans empoigne sans cérémonie son saxophone et, avec une économie de mouvements notable, décline pendant de longues minutes un répertoire free jazz élégant et d’une complexité déconcertante. Comme ça, comme s’il s’agissait là d’une tâche banale, presque qu’insignifiante de simplicité. De son regard intraitable à sa prestance inébranlable, tout de la performance de M. Brötzmann inspirait solidité et maitrise. Mémorable est le mot…
Jaap Blonk, docteur de l’onomatopée
Curieux personnage néerlandais à la fois excentrique et timide, Jaap Blonk a fait de la performance vocale sa profession. Virtuose des cordes vocales et fin utilisateur de ses tissus faciaux, Blonk explore les possibilités de la gestuelle buccale avec son personnage de scène Dr Voxoid’s Next Move. Parfois employée à tonifier un conte ou encore à plonger dans une ritournelle d'onomatopées, la voix de Blonk est plus que des ondes sonores, elle est un personnage à part entière. Parfois d’une musicalité insolite, parfois d’un humour euphorisant, cette voix aux facettes multiples est un feu roulant de mots aux tonalités d’une précision chirurgicale. Un délicieux aparté aux performances musicales au format «plus conventionnel»…
Sans oublier les autres…
L’inclassable œuvre de 7K Oaks a également suscité bien des émois chez les spectateurs, alors que le quatuor a réussi l’exploit de livrer d’une traite, sans interruption, les pièces du nouvel album «Entelechy», totalisant plus d’une heure de matériel passant de l’électro-acoustique au noise, en s’aventurant jusqu’au free jazz. Le pianiste Luca Venitucci a particulièrement impressionné la foule avec sa technique spectaculaire faisant intervenir l’entièreté de ses bras, qui prenaient l’allure de tentacules. La collaboration entre le vocaliste expérimental Koichi Makigami, le musicien-chanteur de gorge altaï Bolot Bayryshev et l’exceptionnel percussionniste Sato Masaharu a également apporté son lot de surprises. Les compositions punk-rock expérimental très techniques et mordantes de The Ex ont su trouver un public survolté, en particulier grâce au quatuor de cuivres free-jazz qui ajoutait massivement à l’avalanche de décibels crachés aux corps des festivaliers. Finalement, les installations sonores, une tentative de démocratisation de la culture, ont su profité aux passants de la ville. Un recyclage de musiques vocales de Papouasie, une réflexion sur l’effritement des clochers ainsi qu’une installation mettant en scène huit vieilles machines à coudre des années 1930-40 ont entre autres été présentés au public.
Et les risques d’acouphène dans tout ça?
Rare faux pas dans cette excellente programmation du FIMAV, la collaboration pourtant fort prometteuse entre le guitariste français Richard Pinhas, le bruitiste japonais Merzbow et le trio noise du Michigan Wolf Eyes n’a pas livré l’extase sonore escompté. Se livrant plutôt à une application méticuleuse à éclater les tympans et à composer dans une zone d’inconfort auditif où l’acouphène est exacerbé, le collectif a plutôt provoqué des spasmes inédits chez les spectateurs, en particulier pour ceux qui ont eu l’imprudence de s’y aventurer sans bouchons.
On a hâte à l’année prochaine?
Oh, ça oui! Vivement la 28e édition du FIMAV qui fêtera ses 30 années d’existence.
*Pour te tenir informé de la scène de la musique actuelle/expérimentale, suis religieusement le palmarès Expérimentalde CHYZ 94,3 FM!
L'Opéra de Québec
La Chauve-souris de Johann Strauss
14 mai 2011 à 19 h
Les 17, 19 et 21 mai 2011 à 20 h
Gabriel von Eisenstein : Marc HERVIEUX, ténor Rosalinde : Lyne FORTIN, soprano Dr Falke : Patrick MALLETTE, baryton Adele : Marianne LAMBERT, soprano
Le Chœur de l’Opéra de Québec
L’Orchestre symphonique de Québec
Salle : Salle Louis-Fréchette Prix des billets : 117,50 $, 99,50 $, 81,50 $, 71,50 $, 61,50 $ et 45,50 $ (taxes et frais de service inclus)
L’occasion rêvée pour s’initier à l’opéra
L’Opéra de Québec nous propose depuis samedi (14 mai) La Chauve-souris(Die Fledermaus), opérette bien connue du roi de la valse, Johan Strauss fils. Dès les premières notes, avant même la levée du rideau, Alain Trudel réussit avec brio à nous faire plonger dans l’œuvre. Le rythme est entraînant, l’orchestre – comme à chaque représentation de l’Opéra de Québec – est à son meilleur et la musique donne littéralement envie de se joindre à la fête. Car c’est bel et bien à une fête que nous convie l’Opéra de Québec et François Racine a, pour l’occasion, revêtu cette opérette de ses plus beaux atours. Les décors sont somptueux et évoquent avec brio le faste du Second Empire. Les costumes – mis à part la première robe portée par Line Fortin – sont de toute beauté et permettent au chœur de se glisser avec aisance dans la peau des convives du prince Orlofsky. Même les différents éléments scéniques – pensons simplement à cette scène où l’on chante les vertus du champagne alors que des bulles surgissent de toutes parts – concourent à faire plonger le spectateur dans « l’insouciante légèreté de l’être » qui caractérise les personnages de La Chauve-souris.
Hélas, le jeu des comédiens jure parfois. Éric Thériault (Alfred) et Jack Robitaille (Frosh) tombent dans une caricature exagérée qui ne sert ni la crédibilité de leur personnage ni l’intrigue. De même, les membres du chœur donnent parfois plus l’impression de se trémousser sur des airs de chanteurs rock dans un bar quelconque que de prendre part à un bal se tenant chez un aristocrate de la seconde moitié du XIXe siècle. Comment croire à la majesté des bourgeois qu’ils incarnent lorsque certains montent littéralement sur le bureau du directeur de prison pour danser quelque chose qui ressemble davantage à du swing qu’à de la valse?
Adèle (Marianne Lambert), Ida (Judith Bouchard) et Frank (Robert Huard) s'éclatant. (Photographie Louise Leblanc, Gracieuseté de l'Opéra de Québec)
On pardonne cependant ces quelques excès puisque l’interprétation lyrique est juste et convaincante. Lorsque les solistes s’unissent pour un duo ou trio, les voix fusionnent dans une synergie enlevante. Qui plus est, l’œuvre a été actualisée avec brio. Quelques remarques – saluées d’ailleurs de nombreux éclats de rire – ramènent avec humour le spectateur à la scène politique. C’est donc l’occasion idéale pour les personnes moins familières avec l’opéra de s’y initier. La musique est belle, facile d’accès et on en sort en sifflotant les airs les plus accrocheurs. À entendre les rires et les commentaires satisfaits du public, vous ne serez assurément pas déçu!
- Une critique d'Alex Tremblay, chroniqueur historique pour l'émission Chéri(e), j'arrive !
8 avril, 20 h 45. J'entre au Cercle en compagnie de mon bon ami Raphaël sans trop d'attentes devant ce qui m'attendait. Oui, le nom de Tokyo Police Club est sur plusieurs lèvres, mais pas sur les miennes. En fait, je ne vivais que de mirages d'opinions des autres à l'égard de ce groupe. Je ne vous le cacherais pas, il m'arrivait parfois de les confondre avec Bloc Party. Allez savoir pourquoi. Mais depuis cette soirée, je ne les oublierais plus jamais. C'est promis, car que dire de cette soirée mémorable? Simplement « wow »!
Critique de Hugues Miew Miew St-Pierre
TPC sait comment rendre ses pièces « catchy » sans trop tomber dans le déjà vu, ni dans la facilité extrême. Pour utiliser un autre anglicisme, ce groupe sait manier les « hooks » sans arrêt. Un après l'autre, ceux-ci s'enchainent sans toutefois tomber dans l'abus. Ce groupe m'a conquis, c'est affirmatif, voire impérieux (oui, oui!). Et que dire du son du guitariste principal? Que dire!?! Ce son des plus fous a tout simplement fait mouiller mes oreilles. De plus, avec des mélodies accrocheuses et une présence sur scène énergique, TPC a évidemment plu aussi à ses fans déchainés.
Malgré tout, TPC n’est pas le seul à avoir mis de la joie dans mon cœur. Non, les deux autres bands, Hollerado et Dinosaur Bones, y ont grandement contribué aussi. C'est peu dire, dès la première pièce de Hollerado, j'étais sous le charme et plein d'amour. Sérieusement, c'était du rock comme je n'avais pas entendu depuis des lustres. La gamme de blues était drôlement maitrisée à souhait. Avec une mise en scène minimaliste — mais efficace — et une musique accrocheuse, ce groupe ontarien a facilement satisfait leurs fans. C'est peu dire, car beaucoup appuyaient de leur propre voix le chanteur.
Pour ce qui est de Dinosaur Bones, je dirais qu'il s'agit là d'une sacrée belle découverte. Pour une première partie, c'était du haut calibre. Des cheveux longs en masse et des progressions d'accords vraiment rafraichissantes étaient au menu. Moi, des rythmes qui jouent sur les contretemps, j'aime ça! Énergie, confiance et authenticité sont des mots pouvant caractériser cette formation. En plus, leur batteur était possiblement le meilleur des bands. Mium!
Bref, tout ça pour dire que ce fut un spectacle de qualité où il aurait été impossible de s'ennuyer. Un 4 « Miew Miew » et demi sur 5. Je vous encourage à aller les voir dès qu'ils se représentent à Québec.