Ajouté par : Catherine Genest
C’est à une magnifique première soirée que l’équipe de programmation du Festival International de Musisque Actuelle de Victoriaville nous avait conviés. Comme chaque année, le coup d’envoi avait lieu au Cinéma Laurier et comme chaque année, ce n’était pas nécessairement une « valeur sûre » ou un incontournable qui avait le mandat de lancer les festivités.
Par François-Samuel Fortin
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C’est donc Phil Minton avec sa « chorale sauvage » (traduction libre de « Feral Choir ») qui a eu l’honneur d’amorcer cette soirée d’ouverture après un bref mot du directeur général et artistique Michel Levasseur. La chorale change chaque fois d’aspect et ne bénéficie que de trois ou quatre jours de formation en compagnie du vocaliste d’expérience pour préparer ce spectacle hors du commun où le théâtre, l’humour et la performance sont au rendez-vous. Au terme du processus, 31 choristes formaient l’ensemble dirigé de main de maître par celui qui n’en est pas à sa première visite au FIMAV. Deux pièces distinctes ont été présentées, la première sous la direction de Minton, converti en maître de chorale pour l’occasion, dont l’amorce était constituée de sons d’oiseaux propulsés par une chorale en mouvement qui s’apprêtait à gagner la scène. Par la suite, des échanges saccadés, parfois confus, mais toujours vibrants, entre Minton et les 31 choristes invités, amateurs ou professionnels de la région. La seconde pièce mettait davantage en valeur Minton, qui semblait incarner un Abe Simpsons aux accents prophétiques mis en scène dans un contexte apocalyptique sur le fond d’une rumeur incessante produite par les choristes. Il est extrêmement difficile de décrire le résultat, le tout étant équilibré entre le sérieux de l’exercice et le côté loufoque du résultat, où les gens allaient alternativement piailler, crier, rire, geindre et faire des bruits de bouches. C’est fort probablement une expérience inoubliable que de lâcher son fou collectivement sous la direction assurée d’un artiste d’expérience comme Minton et les gens semblaient visiblement l’apprécier. La foule a par ailleurs donné une ovation debout au terme de chacune des deux pièces.

Pour la suite de la soirée, nous avions à nous rendre au Colisée des Tigres de Victoriaville, à quelques coins de rue de là, pour deux concerts qui mariaient élégamment le free jazz et le jazz plus lyrique. C’est probablement l’ensemble Nova Express, dirigé par John Zorn, qui était l’événement le plus attendu de la soirée, et les mélomanes présents n’ont visiblement pas été déçus. La formation, composée de collaborateurs habituels de Zorn, soit John Medeski au piano, Trevor Dunn à la contrebasse, Joey Baron à la batterie et Kenny Wollesen au vibraphone, a interprété avec exactitude les divers morceaux de l’album Nova Express, composés en l’honneur de la trilogie Nova de l’écrivain William S. Burroughs. Des solos éblouissants de la part de chacun de ces virtuoses ont ponctué ce qui était autrement une performance plutôt fidèle à l’enregistrement. Le plaisir que les musiciens avaient sur scène, réunis pour la première fois pour jouer cette musique en concert, était plus que palpable, principalement entre Zorn et Baron, qui répondait aux ordres de celui-ci avec aplomb. Seul bémol, l’album est relativement court et le concert aurait gagné à être plus long. La pièce sélectionnée pour le rappel était d’ailleurs tirée d’un autre album, « At the Gates of Paradise », le concert ayant épuisé les pièces de Nova Express, et son côté lyrique à outrance jurait grandement avec la majorité du set, qui était d’une intensité accrue.

Un concert jazz d’un tout autre ordre nous a été présenté dans la deuxième section du Colisée, gracieuseté du quintette piloté par la jeune guitariste américaine Mary Halvorson. Complété avec un trompettiste, un saxophoniste alto, un contrebassiste et un batteur, la formation qui ne partageait que la section rythmique avec le groupe précédent s’est tout de même démarquée grâce au jeu habile et unique de la guitariste, connue pour ses collaborations avec les grands de la musique actuelle, dont Anthony Braxton, avec qui elle avait présenté Echo Echo Mirror House l’an dernier. Son jeu de guitare plutôt versatile et minutieux rappelle celui de Marc Ribot ou celui de Derek Bailey, tous deux des collaborateurs fréquents de John Zorn. La présence des cuivres était très appréciée, alors que John Zorn venait de nous priver de son instrument de prédilection en n’occupant que le poste de chef d’orchestre et qu’on savait qu’il allait récidiver dans ce rôle le lendemain, avec son concert The Concealed. Les échanges entre les musiciens qui oscillaient entre l’interprétation et l’improvisation témoignaient d’une grande maîtrise, sans toutefois être aussi impressionnants que ceux auxquels nous avaient conviés la brochette de génies réunis pour interpréter Nova Express juste avant. Il s’agit tout de même d’une formation à surveiller, dont le plus récent album, Bending Bridges, est paru sur l’étiquette Firehouse 12 il y a très peu de temps. La majorité des pièces constituant le concert était d’ailleurs tirée de cette toute nouvelle parution.
Au menu en ce vendredi soir : - un trio constitué de Joe Morris, Mike Pride et Jamie Saft nous offre un jazz rock syncopé influencé autant par Peter Brötzmann que par un instrument de torture médiéval qui donne son nom au concert : le « Spanish Donkey » ; - un autre concert dirigé John Zorn où les mêmes musiciens que la veille, auxquels s’ajouteront le violoncelliste Erik Friedlander et le violoniste Mark Feldman, nous présenteront des pièces du répertoire vaste et riche du compositeur inspiré par le mysticisme et la culture juive.
- un quatuor mené par Jean René, collaborateur fréquent des plus grands noms de la musique actuelle au Québec, qui nous présentera des compositions de son crû et des interprétations de ces grands noms, incluant Normand Guilbeault, Jean Derome, Michel F. Côté. Entre l’improvisation, le « blast », et l’interprétation stricte, le « graph », le concert intitulé « Blastographe » devrait captiver les gens réunis.