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Critique - Musique

Date : 13/11/2006

Ajouté par : CHYZ 94,3

Critique de l'album: Xenophonia

Critique par Simon Brousseau Dans l'entrevue accordée à l'équipe jazz mon char dans le cadre du festival de jazz de Bordeaux, Bojan Zulfikarpasic affirme que « le jazz est une musique bâtarde ». Réflexion stimulante qui permet de comprendre les enjeux esthétiques soulevés par son dernier album, Xenophonia. L'expression « musique bâtarde » est évidemment à prendre au sens noble ; c'est-à-dire que le jazz n'a pas de racine unique, c'est une musique qui doit son existence à une pluralité de parents sans cesse en accouplement, une musique faite de rhizomes (amoncellement de petites racines). Le Bojan Z trio démontre à chaque note la véridicité de cette formule ; l'album fait sentir des influences de la musique classique, du Rock, de la musique populaire, du folklore des pays de l'Est et bien sûr, de la tradition jazz.

L'étymologie nous apprend que le titre de l'album signifie étrange (de Xeno) son (de Phonia). Des sons étranges, en effet, peuplent les compositions de l'album. Sur quelques pièces (notamment l'excellente Wheels), nous pouvons entendre le pianiste jouer d'un Fender Rhodes qu'il a lui-même trafiqué, modifié et qu'il a baptisé le Xenophone. L'instrument produit des sons pleins d'impuretés et de distorsions capables, aux dires même du musicien, de choquer l'oreille Occidentale. Toujours en entrevue, Bojan affirme que le projet global de l'album est une recherche quasi-obsessive du Son (à ce propos, il faut aussi écouter son album solo parut en 2001, Solobsession). C'est donc sous le signe d'une recherche de la diversité des approches qu'il est possible de comprendre, et peut-être d'apprécier l'album Xenophonia. Pour ma part, j'y trouve mon compte en ce que la musique qui s'y trouve est, au bas mot, surprenante. La pièce Ashes to Ashes, une reprise de David Bowie, constitue à mon avis un des moments forts de l'album.

Les auditeurs de jazz mon char se réjouiront certainement d'apprendre que le trio planifie une tournée en Amérique du Nord, avec la possibilité de passages au festival de jazz de Montréal ainsi qu'à Québec, en collaboration avec les productions Québec Nu Jazz. Bojan a aussi laissé entendre qu'il jouera probablement au BlueNote à New York. Pour avoir assisté au concert donné à Bordeaux, je peux dire que le calibre de ce trio en prestation live est suffisamment élevé pour justifier une présence dans cette prestigieuse salle New Yorkaise. Comme mon collègue Phil Cyr ne cesse de le rappeler en ondes, le jazz est une musique qui s'apprécie pleinement en spectacle ; on est alors à même d'assister à la naissance de cet instant magique, ce mariage de la composition et de l'imprévu qui fait toute la beauté de cette musique. Bojan Z trio n'aura pas démenti cette idée puisque le concert fit gagner en intensité les compositions déjà riches de l'album. On a eu droit à des séances d'improvisations sur le Xenophone qui furent tout simplement hallucinantes ; les sonorités orientales tirées de l'instrument donnant aux improvisations une teinte très onirique qui permet aux musiciens de dilater le temps, d'étirer les solos sans lasser les oreilles qui en redemandent toujours plus.

Il ne vous reste donc qu'une chose à faire ; vous procurez l'album Xenophonia et l'écouter en boucle car, comme dit si bien Bojan : « la bonne musique trouvera toujours son chemin jusqu'aux auditeurs »… Pas vrai ?

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