Date : 05/03/2007
Ajouté par : CHYZ 94,3
Critique de l'album: Neon Bible
Critique par Dany Plourde
Avec un seul album à leur actif, on parle depuis deux ans de Arcade Fire comme on parle d'icones du rock qui ont roulé leur bosse pendant des décennies. Ambassadeurs malgré eux, les rois de l'indie, comme on les a baptisé, débarquent sous les feux de la rampes avec leur deuxième opus, affichant toujours cette indifférence face au succès, quoique de plus en plus placardée d'exaspération. Neon Bible proclame-t-il alors un couronnement hâtif ou dévoile-t-il plutôt un nouveau chapitre triomphant pour leur secte de hipsters?
Même si la réponse dépend davantage des attentes plus ou moins élevées que du produit brut, l'impression générale se traduit en une perte nette en mélodies diablement efficaces dont est truffé Funeral, alors que Neon Bible rayonne plutôt par ses ambiances fouillées, toutes en nuances, émotionnellement saisissantes. Avec suffisamment d'éclairs de génie pour infliger un deuxième coup de foudre, Neon Bible souffle sur la braise des blessures aigues étalées fébrilement sur Funeral en ratissant plus large, cette fois avec une tristesse résignée, une fatalité intimiste, déconcertante. Mettant le feu aux poudres, la voix de Win Butler se fait plus grave et véhicule avec brio l'émotion dont recèlent les textes, toujours avec cette sensation de ne jamais s'en sortir, enfin, pas réellement. En trame de fond, s'érige un mur de son, aussi subtil que raffiné, par des orgues impressionnistes, par des violons qui s'étirent plus qu'ils ne se chevauchent, par des guitares plus régulières que mordantes. Tout de même fidèle à son style, le groupe conserve toujours son instrumentation décalée et trouble, alors que les clappements et les percussions secouent toujours avec l'énergie du désespoir sur les pièces les plus rock.
Onze compositions de haut calibre donc, grandioses, minées par l'exaspération du succès et l'appartenance au genre humain. À savoir lequel de Funeral ou de Neon Bible est le meilleur, disons simplement qu'ils sont à l'image du groupe : dans une classe à part