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Critique - Musique

Date : 16/09/2004

Ajouté par : CHYZ 94,3

Critique de l'album: Funeral

Critique par Vincent Bergeron Broken Social Scene n'a aucune chance contre Arcade Fire. Ce groupe montréalais (Québec) s'assure de s'approprier une signature mélodique avant de s'essayer à davantage et lorsqu'ils le font, c'est pour mieux améliorer ses mélodies. Un peu comme the Dears (qu'ils dépassent), Arcade Fire pratique l'ambition mégalomane la moins exigente; on s'attache à "Funeral" dès la première écoute et seulement pour les bonnes raisons. L'instrumentation orchestrale, expansive adoucie des mélodies qui pourraient facilement être angulaires et étouffantes ou trop simples et dirige chaque chanson dans une direction neuve, cachée entre deux grandes autoroutes. Le désir d'aller un peu plus loin que la masse n'est pas seulement là, il inspire pour passer à l'acte (l'étape si difficile à franchir lorsqu'on veut percer).

Selon les apparences, les membres de Arcade Fire ont une bonne culture musicale: aucune chanson ne s'arrête à une ou même seulement deux références. D'ailleurs, personne ne s'entend sur leurs influences. Ils s'amusent même en nommant Claude Debussy sur le serveur de New Music Canada. Win Butler, Will Butler, Régine Chassagne, Howard Bilerman, Richard Parry, Tim Kingsbury font du bon ménage; il ne reste plus de poussière nostalgique. En fait, il ne reste que du Arcade Fire!

Win Butler et Régine Chassagne sont un couple dans la vie alors que Will Butler est bel et bien le frère de Win (le petit). Win n'a pas eu la vie facile dernièrement, il vient de perdre plusieurs membres de sa famille (d'où le titre de l'album j'imagine). Ceci explique sûrement la présence immanquable d'un certain déchirement dans sa voix frêle, me faisant penser à celui de Alex Chilton sur le chef-d'oeuvre de Big Star (Third / Sister Lovers) en 1978. On retrouve un peu les mêmes émotions à l'écoute de "Funeral", une pop sophistiquée démembrée, puis reconstruite à l'image d'un récent désastre intérieur.

Sans retenue, Arcade Fire présente ses meilleures idées avec insistance : des cordes gracieuses, frôlant le romantisme heureux, juste avant de redevenir tristes, une accordéon, des glissades de piano, d'harpe débordant de joie de vivre, s'installent confortablement sur un rock urgent, intense et incisif, criant le désespoir. Quand Win Butler chante son seul cliché sur Crown of Love ("If you still want me, please forgive me!"), il le rend douloureux d'authenticité. Les violons hypnotisants de Haiti lui donne une deuxième personnalité, liée par un mince fil avec la première. Rebellion (Lies), l'une des chansons les plus accrocheuses, prouve que Arcade Fire n'est pas dépendant de ses couleurs orchestrales, sans les mettre de côté. In the Back Seat, chantée magnifiquement par Régine Chassagne, démontre encore que ce groupe a des qualités à en revendre!

Entre le collectif et la formation rock standard, Arcade Fire trouve le moyen d'exploiter les avantages de deux situations qui ne les concernent qu'à moitié. Le grandiose obligatoire, la massive énormité n'existe pas chez eux. Le retour aux sources non plus. Esclaves de la bonne chanson de 4, 5 minutes, ils creusent et grattent le ciel à la recherche des astres et des pierres précieuses qui les guériront de leur malaise sans l'affliger à d'autres. Les médicaments, les drogues ne sont pas nécessaires.

Mon nouveau groupe québécois préféré!

P.S. Deux inédits gratuits sur http://www.newmusiccanada.com/genres/artist.cfm?Band_Id=10230

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