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Critique - Musique

Date : 27/02/2007

Ajouté par : CHYZ 94,3

Critique de l'album: Friend and Foe

Critique par Dany Plourde Le ciel est sombre, cisaillé de tracés d'étoiles filantes. Au loin, pousse dans l'horizon des nuages au rictus amer, comme s'ils avaient avalé le soleil, pour toujours. Puis, planté devant une centrale nucléaire ceinturée d'une boucle de cadeau, un chêne, aux branches immortelles, supporte une chorale de manchots, vêtus de combinaisons cajolées de rouille, tentant avec leurs bras invisibles de restaurer l'ampoule de leur galaxie noircie. On s'embrouille, on confond et on hallucine. Beaucoup. Bienvenue dans l'univers de Menomena, et de ses effets secondaires…

Friend and Foe brosse un tableau insolite, en arrachant de notre inconscient les images les plus incongrues, pour concocter un panorama aux limites de l'aliénation mentale. Valant à elle seule le détour, la pochette donne un aperçu éloquent de l'originalité de son contenu, mutant de couleur en couleur par l'agencement variable de ses colonies de bestioles. Écrit, produit, enregistré et mixé par le trio lui-même, ce troisième album introduit des mélodies pop dans un univers d'expérimentation à la fois sauvage et subtil, profond et volatil.

La force de Menomena réside en fait en l'élaboration de structures sonores riches, presque insondables, et où les diverses factions art-rock, post-pop, jazz et électro se relayent et se superposent avec une limpidité déconcertante. Un aménagement à design subliminal qui surprend à répétitions au cours d'une même pièce, alors que les instruments et sonorités prennent les commandes à tour de rôle. Friend and Foe agence donc une diversité rarement atteinte avec une section corde transcendante, des percussions variées, autant en intensité qu'en effet sonore, et des percés de saxophones. Un son parfois saturé, parfois dénudé, mais toujours inspiré et brillamment ficelé par un piano savoureux et des riffs de guitare acérés.

Dû au fait que la direction artistique est entièrement assumée par ces trois Américains allergiques aux formules préconçues, les comparaisons sont plutôt éloignées, tout au plus épisodiques, alors que la voix étiolée du chanteur et les arrangements jazzy rappellent parfois TV On The Radio. Deerhoof, avec son électro-rock expérimental corrosif, pourrait également être un point de repère pour cerner l'album. Menomena fait donc partie de l'impressionnante cuvée d'artistes indépendants provenant de Portland, avec entre autres 31 Knots, avec lequel le groupe s'est fait connaître en tournée. Certainement l'un des incontournables de 2007.

Pour écouter l'album : http://barsukmusic.blaireau.net/menomena

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