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Critique - Livre

Date : 01/09/2009

Ajouté par : Claudia Raby

Adieu, vert paradis

Qu’est-ce qu’un homme, celui qu’on écrit avec un petit h? Comment se définit le garçon qui dit subitement adieu au « vert paradis » de l’enfance? Voilà une question aux réponses multiples, exponentielles, infinies qui hante de plus en plus explicitement nos mâles compatriotes les plus alertes.

Sans tomber dans le discours dénonciateur ou la thérapie romanesque, le narrateur anonyme brillamment présenté par Alexandre Lazaridès dans «Adieu, vert paradis» nous convie au salon, verre à la main, entre «bons amis», pour la plus intime confession publique d’un garçon blessé devenu homme respecté. Bouleversé dès l’âge de sept ans par les actes pervers d’un père aux obsessions machistes, l’enfant se rebelle et s’endurcit pour se redéfinir dans un contexte où la diversité culturelle et religieuse de son pays jamais nommé devient de plus en plus explosive.

Cette quête identitaire racontée avec finesse soulève de graves questions quant à la définition du masculin, au singulier comme au pluriel. À une époque où la suprématie de la force musculaire ne constitue plus un repère valable pour le « vrai homme », l’auteur d’origine égyptienne propose dans ce premier roman une juste exploration des possibles chez l’individu, même meurtri par le modèle patriarcal, le tout premier. Lazaridès procède ici à une (psych)analyse agréablement nuancée et intelligente dont les découvertes qui en résultent émeuvent les coeurs d’hommes et de femmes à coup sûr.

Néanmoins, en guise de reproches à cette plume soignée, soulignons deux maladresses somme toutes mineures. D’abord, la récurrence de la prolepse, procédé narratif grâce auquel l’auteur pique la curiosité du lecteur par une anticipation des événements à venir (ex : «Elle allait regretter son geste»), agace par accumulation plus qu’elle n’amuse vraiment. Symptôme d’une insécurité devant la trame à construire? Seul Lazaridès saurait répondre à ce premier reproche. Étrangement, c’est par une deuxième et ultime faiblesse en fin de roman qu’il confirme notre soupçon. Comme en rupture avec la subtilité de tout le récit, les dernières pages d’«Adieu, vert paradis», un peu trop explicatives, atténuent brièvement le plaisir de lecture éprouvé jusque-là : nul besoin de justifier une démarche qui trouvait déjà son sens au fil de son propre développement.

Nul besoin non plus de s’arrêter à ces faiblesses si minimes – qui constitueraient peut-être des atouts pour certains. Considérer «Adieu, vert paradis» dans son ensemble, puis le voir se scinder en deux voix – enfant et adulte – dans une délicieuse alternance entre le réalisme et l’intimisme, c’est aussi se laisser porter vers les autres, l’Autre, l’homme. À lire pour mieux contrer l’apparition imminente d’un «nouveau deuxième sexe».

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