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Critique - Danse

Date : 25/01/2011

Ajouté par : Marie-Ève Muller

Parce qu’on voudrait tous pouvoir faire des pointes…

 Critique du spectacle de BJM DANSE
Ballet Jazz Montréal Danse (BJM Danse) était de passage au Grand Théâtre pour faire rougir Natalie Portman dans Black Swan. Avec les trois pièces Locked up Laura, Zip Zap Zoom et Rossini Cards, la troupe a su démontrer sa versatilité et sa maîtrise technique de la machine la plus complexe : le corps humain.
Marie-Ève Muller

Lorsqu’on va voir de la danse, que ce soit du ballet ou du contemporain, il ne faut pas chercher à comprendre ce qui se passe devant soi : il faut ressentir. Ressentir la sensualité des corps qui se frôlent, souffrir la colère dans une pointe cassée, frissonner devant un duo en parfaite symbiose. Alors quand la salle se plonge dans le noir et que le rideau de velours se lève, il faut savoir se laisser aspirer par ces histoires sans paroles.
La première pièce, Locked up Laura, interprétée par Céline Cassone et James Gregg, exprimait la dure réalité des danseurs. Leur corps, leur instrument de travail, est loin d’être éternel. Surtout du côté des femmes, lorsque le corps n’est plus au sommet de sa beauté, la ballerine est échangée pour une fleur plus brillante. Comme une marionnette, Cassone se laisse contrôler par son partenaire, fort et droit. La danseuse invitée traduit la lassitude à la perfection.

La deuxième pièce m’a rappelé ma haine de la surutilisation des projections vidéo. La troupe veut rajeunir son image, soit. Mais de là à faire une chorégraphie sur les jeux vidéos, d’intégrer des mouvements hip-hop, de la musique rap-slam-électro et de projeter des images pouvant causer la mort à des épileptiques, il y a un pas. Pourtant, durant la chorégraphie de 22 minutes, plusieurs interprétations valaient la peine, dont celle de Cassone, seule avec son ballon d’hélium.



Rossini, Comedia del Arte et splendeur
Évidemment, le meilleur avait été gardé pour la fin, avec la pièce Rossini Cards. La chorégraphie de 52 minutes se présentait en différents tableaux, en solo, en duo, en trio ou en collectif.
Pour une fois, la chorégraphie ne séparait pas en stéréotype les hommes et les femmes. Tous en vestons, les danseurs s’exécutaient de la même façon, peu importe ce que cachait leur culotte. Plus près du ballet classique, cette pièce reprenait des morceaux des opéras de Rossini et un soupçon de comedia del Arte dans l’interprétation qui n’a pas manqué de déclencher des éclats de rire parmi les spectateurs.

Qui a dit qu’une orgie devait être grotesque? Les treize danseurs, attablés en sous-vêtements beiges, ont dansé assis. Le synchronisme de leur bras, l’absence d’émotion dans leur visage, les chandeliers ébranlés par leur mouvement, tout faisait référence à un souper charnel sans pour autant être explicite.

Finalement, il faut souligner le fracassant duo de Nathan Madden et d’Andie Massaza, où on voyait disséquer la maladresse des premiers ébats amoureux. Ou encore cette interprétation trop juste d’Alexandra Gherchman qui décompose ses mouvements, qui flexe ses pieds au lieu de les pointés, qui crie, souffle, tape du pied.

On craque pour :
-Les costumes d’Helena De Medeiros
-La performance ahurissante de Céline Cassone
-La pièce Rossini Cards


On détourne le regard :
-Des effets vidéo un peu trop marqués de Zip Zap Zoom
-De la lecture style « théâtre d’été » d’une recette de Rossini.

 Crédit photo: Grégory Bartandon et William Hébert.

 

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