
« Marc Hervieux interpète un Brésilien qui a le coeur à la fête et qui entraîne les spectateurs dans une ambiance endiablée (Photographie Louise Leblanc, Gracieuseté de l'Opéra de Québec) »
Pour clore sa saison en beauté, l’Opéra de Québec offre ces jours-ci l’une des opérettes les plus connues de Jacques Offenbach : La Vie parisienne. Véritable explosion festive, cette opérette se veut une évocation de la vie mondaine parisienne du Second Empire. Au menu : festin, musique, insouciance et éclats de rires.
Dès le début, l’Orchestre symphonique de Québec, conduit de main de maître par Jean-François Rivest, nous entraîne dans l’univers coloré d’Offenbach. Au levée du rideau, la Gare de l’Ouest se déploie dans toute son élégance et sa modernité pour faire place à la musique. Et c’est bel et bien la musique qui est reine de la soirée. Les airs d’Offenbach sont admirablement rendus par les solistes. Robert Huard nous offre d’ailleurs l’un des meilleurs moments de la soirée lorsqu’il entame son «Je veux m'en fourrer jusque là » au cours du deuxième acte. La salle croulait littéralement sous les rires du public. De même, Pascale Beaudin nous offre une Gabrielle à la voix suave et offre des airs tous plus mélodieux les uns que les autres.
Seule ombre au tableau : la mise en scène ne s’avère malheureusement pas à la hauteur des attentes. Alors qu’on s’attendrait à voir surgir un chœur vêtu de costumes élégants et colorés prêt à participer à la fête déjantée à laquelle Offenbach convie le public, on a droit à des choristes blafards, vêtus de couleurs sombres et aux mouvements saccadés. Les employés du chemin de fer, les touristes venus visiter Paris et les convives de Raoul de Gardefeu ont davantage l’air d’une troupe de zombies maladroits que de gais fêtards. Les projections s’avèrent également décevantes. Une fois sortis de la Gare de l’Ouest, les protagonistes se retrouvent sous la Tour Effel lorsqu’on évoque Paris, dans des nuages qui voyagent lors du duo « L'amour est une échelle immense » et devant le portrait d’un colonel lorsque Pascale Beaudin entame « Je suis veuve d'un colonel ». On se serait attendu à davantage de subtilité de la part d’un metteur en scène de la trempe d’Alain Gauthier. Voir des assiettes qui apparaissent sur une table alors que les protagonistes évoquent leur appétit ne tient pas de la sophistication à laquelle l’Opéra de Québec nous a habitués. Qui plus est, la distribution étonne par son caractère particulièrement local. Alors que l’Opéra de Québec est habitué de compter dans ses distributions des chanteurs de premier plan venus d’ailleurs comme John Fanning et Richard Margison, l’ensemble des chanteurs – à quelques exceptions près – proviennent cette fois-ci du Québec.
Heureusement, Marc Hervieux offre un Brésilien plus grand que nature. Dès qu’il entre sur scène, il nous entraîne dans des airs endiablés aux accents sud-américains. Le petit accent latino qu’il donne à son personnage et son teint basané en font l’un des plus comiques de la production. En plus de nous offrir une voix riche, puissante et enjouée, Hervieux interprète son personnage avec tant d’habileté qu’on sent la fièvre de la salsa et de la samba nous envahir! Quel dommage qu’Offenbach n’ait pas écrit davantage de scènes pour le Brésilien. S’il avait vu l’interprétation qu’en fait Marc Hervieux, il y a fort à parier que le personnage aurait pu prendre plus d’importance!
Informations :
La Vie parisienne de Jacques Offenbach
Chef d’orchestre : Jean-François Rivest
Metteur en scène : Alain Gauthier
Baron de Gondremarck : Robert Huard, baryton-basse
Baronne de Gondremarck : Monique Pagé, soprano
Le Brésilien : Marc Hervieux, ténor
Métella : Nathalie Paulin, soprano
Gabrielle : Pascale Beaudin, soprano
Bobinet : Éric Thériault, ténor
Frick et Prosper : Hugues Saint-Gelais, ténor
Gardefeu : Patrick Mallette, baryton
Pauline : Judith Bouchard, soprano
Présenté les 14, 16 et 18 mai 2013 à 20h
Salle : Grand Théâtre de Québec (salle Louis-Fréchette)
Pour plus d’information : http://www.operadequebec.qc.ca/francais/vie-parisienne_dist.htm