Ajouté par : Vanessa Bell

Jour 8 – Borges et moi

Ce que j’aime de l’automne, c’est le froid sur les joues, c’est le bonheur d’entrer dans une maison pour se réchauffer. Je dois avouer qu’une des raisons qui ont fait que ce soir, la magie s’est opérée, c’est la chaleur qu’il y avait à la salle Multi de Méduse.
Lumière tamisée, quasi inexistante, un seul projecteur pointe vers une table sur laquelle il y a un verre d’eau et rien de plus. Soudain, une guitare se fait entendre, chaude et ensorcelante. Les premières minutes s’écoulent et, toujours plongé dans la noirceur, le public voit arriver cet homme voûté. Lentement, il traverse l’audience pour prendre place sur scène.
Cet homme, c’est une voix. Une voix grave, ronde, contrôlée. Une voix qui a bercé des générations de québécois. Cette voix, c’est celle dePaul Hébert. Sans plus d’artifice, (son talent seul peut loger une salle) Paul Hébert entame la lecture de divers textes écrits par Borges. Non pas des textes de fictions, mais plutôt des textes de réflexions.
Borges, homme de culture, a beaucoup écrit sur sa cécité. Des gammes de couleurs si pâles qu’on imaginerait à peine utiliser en peinture nous sont décrites conjointement à des souvenirs, des odeurs, une vie effacée par le temps. Les lectures ne se butent pas à un seul thème, la production littéraire et philosophique de Borges étant aussi impressionnante que vaste, on y aborde également le voyage, les textes anciens (L’Odyssée) et Borges lui-même : personnage réel à la rencontre du personnage fictif. Au terme de cette soirée, je suis à même d’apprécier davantage le titre de celle-ci. Borges et moi. Borges personne de chair versus Borges l’homme mythique? Borges l’écrivain versus Borges le lecteur? Borges et Paul Hébert? Borges et moi, Vanessa Bell? Ou tout simplement Borges et le monde? Autant de réponses possibles que de pistes à suivre dans l’œuvre du principal concerné qui, dans le cadre d’un festival de dix jours, n’aura fait que nous aguicher. Je le sais désormais et vous aussi, le réel plaisir viendra de la relecture de ses œuvres maintenant que nous avons une plus grande connaissance de l’écrivain et de son lègue.
Une fois la soirée terminée, ce dont je me souviendrai de cette sortie automnale, c’est le silence (pas même une toux de début de saison de théâtre), l’attention des centaines de personnes qui assistaient à une célébration formidable de notre culture «heureusement bipolaire » entre le Québec et l’Argentine. Les textes de Borges sont universels, il fallait bien un grand de chez nous pour faire vibrer Québec aux sons de ceux-ci.
Vanessa Bell
Jour 6 : Les mollets de ces chevaux-là!

Marie-André Gilbert écrit. Elle dessine également, fait de la photo, est comédienne (ce qui lui a fait découvrir la beauté d’un vrai trac monstre!), s’adonne à de multiples formes d’arts visuels, mais pour moi, Marie-André Gilbert écrit. Des fanzines jusqu’aux pièces de théâtre, c’est avec un livre publié en 2009 et réalisé à la main (À l’approche des ponts), qu’est né la pièce Les mollets de ces chevaux-là!. Je ne peux que saluer l’audace et le travail qu’elle a accompli pour transposer ce livre à la scène.
Les mollets de ces chevaux-là!, c’est un texte intelligent, ludique, sensible et touchant. C’est une heure de pur bonheur autant visuel qu’auditif (Todor Kobakov, Mickey 3D, Lali Puna, etc.). On a décrit la pièce de plusieurs façons, mais je retiendrai ici les propos de l’auteure :
« Prenez place dans ce quotidien aux allures de fable, où les miches de pain se transforment en nuages, où un homme fait plouc et quitte une femme. Nous réinventerons ce qui a été perdu, jusqu’à patenter un pays suffisamment froid pour venir à bout des plus solides chevaux ».
Deux comédiens (Alexis Bernard et Marie-Andrée Gilbert), un décor épuré et polymorphe, un personnage principal et un second qui porte plusieurs chapeaux, selon les besoins de l’histoire. Les mollets de ces chevaux-là!, c’est un univers dans lequel on pénètre sur la pointe des pieds, de peur de brusquer la beauté de ce monde. Je confesse, j’ai laissé verser des larmes à quelques reprises pendant la pièce. Ceci étant dit, ne vous méprenez pas, c’est également un spectacle attachant, drôle (les multiples éclats de rire de la foule l’ont prouvé)et touchant.
Je ne pourrais passer sous silence les autres acteurs, plus incognitos qui ont œuvré afin de faire de ce spectacle une réussite. Soulignons donc le travail d’Alexis Bernard (le compagnon de jeu de Marie), Jean-Pierre Cloutier (Cirque Éos, cirque Les Septs Doigts de la Main, diplômé du Conservatoire d’art dramatique de Québec et comédien actif sur la scène de Québec) à la mise en scène, Claudia Gendron à la scénographie (superbe réussite si je peux me permettre d’encenser encore plus la production) et Gérard Cossette (professeur retraité du Cégep Lévis-Lauzon, auteur et plus encore) qui a agit à titre de mentor pour la «jeune» équipe.
Malheureusement (pour vous), la pièce n’était présentée qu’une seule fois dans le cadre de Québec en toutes lettres, mais restez à l’affût, quelque chose me dit que ce ne sera pas la dernière fois qu’elle sera portée sur scène. Du coup, cela me permet le plaisir coupable de produire un retour impressionniste et non descriptif de la pièce, production dont je laisserai à votre curiosité le soin et le plaisir de découvrir. Les mollets de ces chevaux-là! c’est un texte intime qui vous amènera à vous poser des questions telles que « comment on reste spécial? » ou encore qui vous insufflera des idées de folies légères.
« C’qui t’manque, tu dois le fabriquer ».
Vanessa Bell
Jour 5 : Entrer Dans Borges

Le portail Borges
avec les invités:
Esteban Ierardo, Pablo Ruiz et Susana Artal
Il aura fallu bien près de deux heures, pour littéralement «Entrer dans Borges». Pertinemment intitulée, l'activité se déroulant au studio P s'inscrit dans le volet plus «sérieux» du festival littéraire Québec en toutes lettres. Adoptant une formule conférencière, trois spécialistes ont généreusement offert des clés afin de nous ouvrir les portes de la lecture borgésienne.
Autant en français qu'en espagnol (généreusement traduit sur place), les invités, d'une qualité exceptionnelle, ont fourni une matière à réflexion juteuse à souhait pour aborder les textes et saisir l'incroyable tissu littéraire, philosophique et scientifique qui les constituent.
Nous avons donc suivi avec passion les différents discours des intervenants. En premier lieu, avec une précision impressionnante Esteban Lerardo a présenté ce que l'on pourrait appeler le «guide du parfait petit borgésien». Susana Artal a suivi amenant joliment la marque de la littérature moyenâgeuse dans les écrits du maître. Par la suite, Pablo Ruiz clôtura d'un tour de force ralliant le dessein et la nature du roman policier comme un des fondements pour lire l'écrivain argentin.
Cependant, s'attaquer à Borges c'est s'attaquer à l'universel, à l'infini et aux jeux. Des jeux tout à fait épiques et érudits certainement, mais tout de même des jeux. Parce que le jeu occupe une grande place chez Borges. Que ce soit dans son intention ou dans son écriture, il jongle avec des concepts aussi fascinants que vertigineux. Il ne s'agissait donc pas d'une mince affaire.
Grâce aux conférenciers, ainsi qu'à Gilles Pellerin, maître de la cérémonie, nous sommes ressortis de cet échange avec l'impression d'avoir saisi un moment, ou du moins d'avoir réussi à prendre une bouché dans ce qui constitue le labyrinthe de possible qu'offre l'écrivain Jorge Luis Borges.
Citations saillantes:
«Mahomet n'a pas besoin de mettre de chameau dans le Coran pour se sentir arabe.» -Esteban Lerardo
«Borges serait peut-être le meilleur lecteur qui a existé»
Émile Lévesque-Jalbert
Jour 4 : La leçon du maître

Ce dimanche avait lieu la conférence de l'écrivain argentin Alberto Manguel au Musée des beaux-arts du Québec dans le cadre du festival littéraire Québec en toutes lettres. La présence de Manguel dans la programmation semble indispensable lorsqu'on sait que Manguel, lors de son adolescence, a été le lecteur assidu de Jorge Luis Borges.
Précédé d'une lecture d'extraits du poète argentin Juan Mildenburger pour nous faire entendre l'accent du pays, Manguel a pris le temps de spécifier que, dans sa Leçon du Maître, il ne nous entretiendrait pas de la relation privilégiée qu'il a développée avec Borges. Il a plutôt choisi d'explorer brillamment, et non sans humour, un des nombreux thèmes présents dans les oeuvres du célèbre écrivain argentin : l'échec.
Insistant sur le fait que Borges lui-même remettait en question son travail littéraire, celui-ci se considérant en effet comme un « faiseur de phrases plus ou moins médiocres », Manguel a soulevé le paradoxe qui se retrouve dans les oeuvres de Borges, mais qui est aussi au coeur de la littérature et de la création littéraire, plus particulièrement. Il s'agit en effet des contradictions que présentent les limites et les possibilités du langage.
Bien que les mots devraient pourtant servir à exprimer précisément les choses, on s'aperçoit vite que plusieurs interprétations sont possibles et que, lorsqu'on nomme les choses, cela n'est jamais l'image exacte qu'en a celui qui les conçoit. Faisant appel à sa grande culture, Manguel s'est appliqué à nous montrer que ce problème de la création se retrouve dans les oeuvres de Borges, mais aussi dans celles deDante, de Kafka et dans certains écrits religieux.
De ces contradictions naît également un sentiment d'impuissance évident, car toute tentative de représenter le monde selon la conception qu'on en a est vouée à l'échec. Borges s'intéressait à cette impuissance ressentie par l'écrivain et, poursuivant la quête du « mot juste », il avait constaté que le texte semble souvent échapper à l'intention de son auteur. Ainsi, Manguel a soutenu que la littérature, dont les oeuvres de Borges, laisse les questions non résolues et que celle-ci tient sa richesse, entre autres, des possibilités d'interprétation qu'elle contient. Flaubert dit un jour que « la bêtise consiste à vouloir conclure. »
Généreux, Alberto Manguel a pris le temps de répondre aux questions de l'assistance, mais c'est plutôt son inspirante réflexion sur l'échec qui nous restera et qui amènera plusieurs à découvrir Borges ou à le lire (et peut-être même simplement à lire) différemment.
Marie-Pier Bourret-Lafleur
Jour 3 : La promenade des écrivains

Samedi matin, fine pluie froide sur Québec. Les énormes nuages gris sont comme un avertissement, une suggestion très forte de rester couché au lit puisque ma semaine m’a totalement épuisée. 10h10. Merde! L’activité commence dans 20 minutes et le trajet séparant Beauport de la Bibliothèque du Vieux-Québec dépasse le temps qui m’est alloué. Question : rester couché ou aller à La promenade des écrivains? Malgré la déchirure provoquée dans mon corps tout entier dû à la séparation de ma tête et de mon oreiller, je m’habille quatrième vitesse puis saute dans un taxi direction Haute-Ville. Une fois arrivée, je suis déjà satisfaite de mon choix. Marie- Ève Sévigny est tout sourire en attendant ses promeneurs. Je m’approche, elle me tend la main et nous nous présentons l’une à l’autre.
Je me permets d’emblée un heureux détour pour vous en apprendre un peu plus sur celle qui allait être ma guide. Marie-Ève Sévigny est native de Québec. Avant de se consacrer à temps plein à la littérature, elle a enseigné sept années au collégial. En plus d’être instigatrice, recherchiste et animatrice de La promenade des écrivains, elle anime maintes activités littéraires (tables rondes, causeries littéraires, rencontres d’écrivains) et publie également des nouvelles dans différentes revues littéraires soit XYZ, La revue de la nouvelle,Moebius, Brèves littéraires et Mouvances. Nul besoin de poursuivre la liste des activités auxquelles elle prend part pour vous faire comprendre qu’elle est une mordue de littérature, une passionnée de la culture.
10h30, tous les flâneurs sont arrivés, la visite peut commencer. Le parcours s’amorce devant ce qui sera sous peu La maison de la culture. Après quelques indications sur les fonctions de cette dernière, nous entrons dans le vif du sujet. Il faut noter que la promenade peut prendre plusieurs aspects, selon la thématique choisie. Pour ma part, je me suis lancée dans le parcours régulier, mais j’aurais tout aussi bien pu opter pour le parcours Christine Brouillette ou le parcours Anne Hébert.
Hélène Dorion est la première à prendre parole sur notre ville. D’aussi loin que je me souvienne, je n’avais jamais regardé la vue que la haute-ville offre sur les montagnes de Québec avec autant d’émotions. Quelques mètres plus loin, c’est Alain Grandbois, le petit homme de Québec, armé de sa poésie qui nous attend pour révéler la beauté de Québec : «le visage du Québec est l’un des plus émouvants parmi les visages du monde». Le parcours se poursuit, rue Ste-Anne. Bien que la promenade vise à nous faire découvrir les écrivains d’ici et d’ailleurs qui ont écrit sur Québec, la visite comporte sa dose d’histoire. C’est donc coin St-Ursule et Ste-Anne que le visage anglophone de la ville nous est révélé. Ce ne sera ni la première, ni la dernière fois durant les deux heures qu’occupe le parcours, que j’en apprendrai sur l’occupation anglaise et les accomplissements que ce peuple a fait pour notre ville. Tout en pertinence et en humour, notre guide poursuit sa marche en nous présentant l’histoire des fortifications agrémentée de lecture d’Henry James, de Marie Laberge et de potins littéraires (oui, oui, la littérature possède également son vedettariat et c’est Thomas De Koninck qui en est «victime» dans cette anecdote). Une fois descendue des remparts, le parlement bien en vue, nous plongeons pour quelques minutes dans l’œuvre d’Anne Hébert.
La beauté de ce parcours réside dans le fait qu’il est interactif, si je peux m’exprimer ainsi. Certes, les promeneurs sont appelés à commenter, à partager, mais les passants, qui eux l’ignorent, donnent également vie aux textes judicieusement choisis par Marie-Ève. C’est ainsi que, lors de la lecture d’un texte d’Anne Hébert traitant des touristes de la ville de Québec qui sont uniquement de passage avec leurs grosses valises, deux voyageurs ont traversé (sans porter attention à ce que nous faisions) notre «cercle littéraire», en illustrant parfaitement les propos indémodables de l’auteure. Preuve supplémentaire : non loin de là, un chansonnier s’époumonait sur un classique de Beau Dommage qui étrangement, correspondait tout à fait avec les propos de notre guide.
La visite se poursuit encore une bonne heure, heure où s’entremêlent faits historiques et grands écrivains de chez nous pour finalement aboutir sur la terrasse Dufferin. Sur des textes de Camus,Chaplin et Jacques Cartier, je clos cette promenade des écrivains en me promettant d’y revenir pour essayer tous les autres parcours.
Vous décrire chaque intervention serait beaucoup trop long, mais je dispose encore de quelques lignes pour vous partager mes impressions. Bien que cette visite soit, pour paraphraser Marie-Ève Sévigny, honteusement incomplète ou qu’elle représente uniquement la pointe de l’iceberg de ce qui s’est écrit sur la Capitale nationale, elle m’a appris énormément sur ma ville. Non seulement j’y ai acquis des connaissances pertinentes, mais jamais je ne me suis sentie aussi fière d’être partie prenante de ce paysage urbain magnifique qu’est le nôtre. Les histoires écrites sur notre ville témoignent de la richesse de notre patrimoine et j’en suis ressortie enorgueillie d’avoir ses origines multiples en mon sein, anglophone comme francophone. J’attribue ce sentiment en partie aux écrits que j’y ai entendus, mais également à la façon dont le tout m’a été raconté. La visite est guidée de façon si énergique, enthousiaste, drôle et passionnée, que nul ne peut rester insensible aux propos tenus. Le travail accompli par la guide est colossal; la diversité des auteurs cités (peu importe leur langue d’expression) est remarquable et la recherche d’endroits exacts pour appuyer, démontrer ou illustrer les ouvrages est impressionnante. Si vous aussi avez envie de vous sentir en voyage dans votre propre ville (le prix du billet est avantageux!), si vous aussi avez envie de vivre une expérience enrichissante, voire bouleversante, je vous invite à vous perdre dans les méandres de l’écriture avec Marie-Ève Sévigny.
Le parcours des écrivains, c’est un monde de découvertes, un voyage qui donne envie de lire. Bref, c’est une activité coup de foudre avec sa ville et la littérature.
N.B. Les parcours sont toujours en cours, cliquez sur le lien pour connaître les horaires et les coûts. Pour les curieux, il y a même des parcours pour cette fin de semaine (23-24 octobre).

Plus tard la même journée, je me suis payé une virée sur la Rive Sud. 19h30, départ du traversier en direction de Lévis. Même pour les habitués, ce mode de transport demeure mythique, comme si le monde nous appartenait et que nous pouvions voguer vers la destination de notre choix. Dommage pour moi, ce ne fut pas le cas. Je me dirigeais à quelques pas seulement de l’embarcation, soit à la maison Homestead du chantier Davie. Marchant d’un pas décidé pour ne pas être en retard, j’ai aperçu de loin cette maison ancestrale où nombre de conteurs m’attendaient (j’aime croire que les activités sont faites en fonction de mes intérêts…). Dès l’entrée, la chaleur d’une soirée de contes se fit sentir. Gens qui s’embrassent et qui échangent sur la dernière activité de contes à laquelle ils ont participé, enfants qui courent à droite et à gauche, bref, convivialité que l’on connaît aux gens de la Rive-Sud. Une fois l’assistance dispersée en petits groupes, les lumières se sont éteintes et nous avons débuté notre aventure à travers les murs de cette maison maintes fois modifiée par les différents propriétaires qui l’ont occupée.
La première chambre visitée était à l’étage. Le plafond en pente, la nudité des murs, la petite lampe discrète comme seul éclairage et la voix chaude, suave et profonde du conteur nippo-belge ont vite fait de me transporter dans un Japon lointain. Terminant son conte comme il l’avait entamé, en jouant de ce gros instrument suisse aux sonorités japonaises nommé hang, le conteur nous a transmis des histoires aussi farfelues que touchantes et ce, dans un court délai de quinze minutes qui nous en ont parût trente.
Dans la cuisine de la maison nous attendait une femme à l’accent coloré. La preuve vivante que le Québec c’est la diversité, c’est une langue vivante. Ses histoires, d’une forme plus traditionnelle, ont fait voyager l’auditoire curieux du Japon au Maghreb en passant par le Québec! Son jeu d’acteur n’était pas tout à fait au point, mais les tumultes de ses contes ont masqué ce petit détail qui parfois, je dois l’avouer était agaçant.
Terminé le 2e étage, nous redescendons au rez-de-chaussée! Les lumières tamisées, les yeux brillants, Robert n’attendait plus que nous pour donner son spectacle. Robert, c’est ce genre d’oncle ou de papa que tout le monde voudrait avoir. Les yeux moqueurs, des histoires plein la tête et une habileté remarquable à conter. Puisque nous ne disposions que de quinze minutes (vous l’aurez compris, chaque intervention ne pouvait dépasser ce temps), le conteur a décidé de donner vie à Ti-Jean. Je n’en dirai pas plus, ce conte est si merveilleux que je vous invite à faire vous-mêmes vos recherches sur Ti-Jean, ses adjuvants Earwell, Runwell, Oversize et le monstre à 7 têtes. Je suis certaine que, tout comme moi, vous serez captivés!
Un manteau sur le dos, la plus belle vue sur Québec, notre groupe a traversé du côté de l’écurie. Vous vous demandez depuis le début de cet article, mais quel est le lien avec Québec en toutes lettres, Borges, l’Argentine, le tango? Ha, plus besoin d’attendre, car la quatrième conteuse est l’incarnation de l’Argentine qui rencontre les veillées canadiennes. Dans un conte à moitié parlé, à moitié chanté et danser, en français autant qu’en espagnol l’interprète nous a donné a sensation, pendant un tout petit quart d’heure, que nous étions à Buenos Aires, dans la chaleur et les couleurs vibrantes de l’Amérique du Sud.
Tout comme Robert, le cinquième conteur a vite fait de briser le rêve de cette Argentine voisine pour nous ramener aux plus typiques des contes québécois. L’histoire de Pierre Soulard, passeur sur le fleuve St-Laurent qui pérît dans l’eau glacée pour faute de vanité. Un vrai conte de chez nous avec des Bérubé, des Tanguay et des Leclerc, des histoires de canots et d’homme en boisson, le tout agrémenté d’harmonica et de chansons à répondre. Une vraie célébration de notre folklore.
La dernière pièce à nous accueillir comportait plus de lumière (les néons au plafond éclairaient mal la salle) ce qui, d’emblée, brisait l’ambiance de la fin du parcours. La promesse d’une performance exceptionnelle était toutefois permise, car nos deux conteurs étaient armés de violon et tambourine en plus d’arborer une tenue digne d’un «conteux d’histoire ». Malgré un texte coloré, inventif et drôlement bien tissé, l’impossibilité des conteurs à habiter leurs histoires et à donner vie dans nos imaginaires à leurs personnages m’a plutôt laissée sur ma faim. Ils l’ont dit eux-mêmes, ça ne faisait que deux semaines qu’ils pratiquaient cet art de la parole. Bien que la relève soit nécessaire (pour preuve, je n’écrirais pas ce texte en ce moment autrement), ce dernier tableau m’a laissé un goût amer et une vision moins envoûtante de la soirée.
Somme toute, quelques anicroches mises de côté, je dois conclure que cette soirée m’a apporté une grande dose de plaisir. Le festival a très bien réussi sa mission : conjuguer le présent et le passé, le français, l’espagnol et le joual, tout ça en surprenant les plus habitués de ce type de soirée!
Le festival international du conte de Jos Violon en association avec Québec en toutes lettres se poursuit encore jusqu’au 24 octobre dans divers lieux de Lévis. J'en suis consciente, les activités ne manquent pas en fin de semaine. Toutefois, si réellement vous avez envie de retomber en enfance et de revivre ces veillées du jour de l’an ou votre grand-mère contait sur le bord du poêle à bois des histoires que vous croyiez vraies, c’est dans le monde de Jos Violon que vous le trouverez!
Vanessa Bell
Jour 1 : Nuit blanche avec Borges

Ce soir avait lieu, à l’Hôtel de Ville de Québec, un cocktail (oui oui, j’ai fait parti de la crème de la ville pendant une petite heure) à l’occasion du vernissage de l’exposition L' Atlas de Borges et du lancement du numéro spécial portant sur Borges du prolifique magazine littéraire Nuit Blanche. Après plusieurs discours du maire de Québec, du ministre de la Culture de Buenos Aires, deMaria Kodama (veuve de Borges) et de la ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, nombre de petites bouchées nous ont été servies. De la frime vous direz? Un peu, je vous répondrai. Je tenais simplement à vous partager mon bonheur de goûter à la grande vie, mais surtout à vous partager les lignes qui suivent.
Le plus intéressant de cette soirée était bien sûr le volet artistique. Au plus grand bonheur de nos oreilles, Maria Kodama, veuve de Borges, s’est adressée à l’assistance dans un français plus qu’impressionnant aux accents riches et colorés. C’est avec candeur, mais avec beaucoup d’esprit qu’elle nous a présenté l’exposition qui sera en salle du 14 au 24 octobre 2010. L’Atlas de Borges transporte les curieux dans un voyage autour de la planète au gré des séjours de Borges et son épouse. Ce sont au total 130 œuvres que vous pourrez admirer dans le réseau des bibliothèques de Québec. Pour ma part, je peux témoigner de mon émoi à la vue des photographies exposées dans la salle majestueuse de l’Hôtel de Ville. C’est une chance unique pour tout amateur de l’écrivain argentin de contempler, voir visiter, son intimité et c’est un plaisir immense de rêver cette Argentine et le monde à travers des textes humoristiques et plein d’esprit que le principal concerné a écrit.
Outre cette exposition, le magazineNuit Blanche occupait le cœur des festivités. Je ne pourrais faire autrement que de vous inviter à vous procurer l’édition octobre, novembre,décembre 2010 qui a pour thématique Borges. Vous pourrez y lire un dossier spécial sur et autour de Borges en plus d’y découvrir le témoignage de 21 écrivains portant sur l’auteur. Récipiendaire du prix Médicis en 1998, le célèbre auteur argentin Alberto Manguel (lecteur dès ses 16 ans pour Borges au moment où il avait atteint la cécité) y fait également figure à travers un article intitulé Sur la trace des grands récits (L’Iliade & l’Odyssée). Je ne nommerai que ces deux plumes, mais nombre d’écrivains figurent dans ce numéro d’automne riche en contenu. Clin d’œil aux étudiants, l’offre d’abonnement pour une année est au prix minime de 28,49 $! La culture a rarement été si abordable!
Somme toute, ce fut une première soirée riche en découvertes que Québec en toutes lettres m’a offert. Revenez sur le blogue, Émile Lévesque-Jalbert, Marie-Pier Bourret-Lafleur et moi-même vous garderons au parfum de nos activités coup de cœur tout au long du festival. L’audace littéraire envahit la ville, serez-vous de la partie?
Vanessa Bell
Les lundis de 18h30 à 20h00.
Nom : Vanessa Bell
Animateur depuis : A09
En un mot : intelligemment sulfureuse
Nom : Hugues St-Pierre
Animateur depuis : un certain moment
En un mot : surprenamment pertinent
Nom : Jean-François Bilodeau
Animateur depuis : 2003
En un mot : singulièrement panaché