La concentration de la propriété et les conséquences que celle-ci imposent sur la société actuelle sont une grande préoccupation. Cette concentration est particulièrement inquiétante dans le domaine des médias d’information où elle soulève des questions au sujet de l’état du discours public, notamment sur la qualité de l’information diffusée qui constitue la base sur laquelle repose à la fois l’action civile et l’esprit critique. À l’heure actuelle, les médias de masse canadiens appartiennent à moins d'une dizaine de corporations. Autrefois notre appareil médiatique était majoritairement constitué de médias privés et indépendants les uns des autres. Ceux-ci ne constituent maintenant qu’un pourcent de la totalité de nos médias d’information. Bien qu’il y ait des lois fédérales en vigueur qui protègent nos médias contre les intérêts étrangers, un vaste réseau d’information privé et commercial dont la propriété est hautement concentrée est-il en mesure de représenter l’intérêt public dans notre État démocratique?
Le mouvement vers la concentration de la propriété, déjà bien amorcé depuis quelques décennies, a été jusqu’à présent le sujet de deux commissions parlementaires (La Commission Davey 1970 et la Commission Kent 1981) ainsi que de plusieurs rapports fédéraux. Plus récemment, le Rapport final sur les médias d’information canadiens de 2006 s’est demandé si la concentration de la propriété des médias menait à la réduction de la diversité et de la qualité des nouvelles. Le rapport conclut qu’il y a certains endroits où le niveau de concentration de la propriété de nos médias a atteint des niveaux que « peu de pays considéraient comme tolérables » et que plusieurs régions, notamment à l’échelle locale, sont mal desservies, que ce soit par le secteur privé ou le radiodiffuseur public national. Il note en particulier que la centralisation des bureaux de nouvelles, quoiqu’elle permette d’économiser, engendre un manque de couverture locale. Le rapport propose 40 recommandations qui découlent du principe que «plus il y a de propriétaires d’organes de presse, mieux c’est».
Par conséquence de la concentration de la propriété, nous observons également la tendance du monde des affaires à augmenter d'échelle, ce qui pose des difficultés particulières aux petits commerçants. Dans ce nouveau contexte d'affaires, il devient de plus en plus difficile pour ceux-ci de faire concurrences aux plus grandes entreprises. En ce qui concerne les radios locales pour qui la publicité constitue leur source principale de revenu, le changement dans l'industrie de la publicité où les campagnes se font de moins en moins à l'échelle locale leur rend difficile de remporter des contrats et donc de se financer.
Les innovations en technologies de l'information et de la communication sont en train de révolutionner les manières dont nous accédons à l'information. Notamment, l'intégration de la radio à l'Internet permet à l'auditeur d'aujourd'hui d'exercer un plus grand contrôle sur son écoute. Celui-ci peut désormais consulter la liste de diffusion détaillée de ses émissions préférées et, grâce à la balladodiffusion, peut écouter ce qu'il désire à n'importe quel moment. Cependant, ces nouveaux services suscitent des coûts supplémentaires liés à la gestion et à la conservation de l'information.
Autrefois, avant l’ère des médias de masse, les espaces publics, comme la célèbre agora de l’antiquité, représentaient des lieux de rencontres, de débat public et d’animation sociale qui constituaient la base de l’action citoyenne. Depuis l’aube de la modernité, nous avons observé la disparition progressive de ces espaces publics, ou plus précisément de la fonction qu’ils occupaient. Aujourd’hui, dans le contexte du XXIe siècle, certains auteurs prétendent que les médias locaux pourraient servir comme lieux de débats pour faire renaître la participation civile (voir Putnam et Feldstein 2003). Cette idée découle du principe que la radio locale serait en mesure de contrebalancer la centralisation de l’information, permettant une culture réflexive où l’information n’est pas seulement imposée d’en haut, mais où les citoyens seraient invités à participer à sa création.
C’est essentiellement dans cette vision que nous concevons le rôle principal de notre radio. Nous croyons que CHYZ se trouve dans une situation propice pour représenter non seulement la communauté universitaire lavalloise, mais aussi la communauté de la ville de Québec qui l’accueille. Afin de réaliser ce but, CHYZ aspire à incarner la voix de la communauté qui encourage la diffusion d’initiatives locales, la promotion d’artistes locaux ainsi que la conscientisation des enjeux locaux et de la politique municipale... tout en offrant à la communauté des bribes de la culture d'avant-garde mondiale.
Bibliographie
Putnam, R.D., & Feldstein, L.M., Better Together: Restoring the American Community. New York, Simon & Schuster, 2003.
Canada, Rapport final sur les médias d’information canadiens. Ottawa, Comité sénatorial permanent des transports et des communications, 2006.

Photo: Aigai 2004-2006 Yılı Kazıları, 29. Kazı Sonuçları Toplantısı, 1.Cilt, Sh.218-219